Archives de catégorie : Phonétique

Liaisons et enchaînements vocaliques

Les liaisons et les enchaînements facilitent la prononciation des mots lorsque ceux-ci sont prononcés les uns à la suite des autres.
On parle de liaison lorsqu’une consonne muette à la fin d’un mot se lie à la voyelle du mot qui suit (ex. Les◡animaux), tandis qu’on parlera d’un enchaînement si la consonne finale d’un mot est prononcée et que celle-ci se lie à la voyelle initiale du mot suivant (ex. Pour◡eux).
Une bonne structure syllabique des mots a une influence sur le rythme de la phrase, qu’on appelle aussi prosodie.

Pour vous entraîner, je vous propose de vous enregistrer sur les groupes de mots suivants… (Vous pouvez bien entendu m’envoyer les audios par email.)

Liaison ou enchaînement avec -s ou -z prononcé [z] :

Une mauvaise◡habitude 
Une mauvaise◡organisation
Chez◡eux
Sans◡argent
Dans◡un◡an       Liaison en-z puis en -n
Mais◡encore
De bas◡étage
Le tiers-◡état
De temps◡à autre
De temps◡en temps
De plus◡en plus
Qui mieux◡est
De mieux◡en mieux
Doux-◡amer

Liaison avec -r prononcé [r] :

Au premier◡étage
Un dernier◡essai

Liaisons supprimées par la présence d’un r

Pour les consonnes groupées à la fin de certains mots par des séquences -rc, -rs, -rt, -rd, l‘enchaînement se fait généralement avec le r même lorsqu’il est suivi d’une ou deux consonnes. 

Une « part à prendre » se prononcera [yn.pa.ra.prɑ̃dr]
Le nord-ouest, le nord-est : [lənɔrwεst], [lənɔrεst]
Vers elle : [vεrεl]
Envers et contre tous : [ɑ̃vεrekɔ̃trətus]
A travers un champ : [atravεrœ̃ʃɑ̃]
Deux heures et demie : [døzœredmi]

Ce fait est historique, la langue française évoluant constamment. Toutefois, le mot composé Tiers-État est toujours lié : [tjεrzeta].

La liaison n’est pas obligatoire avec -t
fort aimable [fɔrεmabl] ou [fɔrtεmabl]
fort habile [fɔrabil] ou [fɔrtabil]

La règle selon Grevisse, Le Bon usage, 13 édition, § 42 a) « Quand un mot se termine par un r suivi d’une consonne muette, on préfère l’enchaînement à la liaison », et il cite entre autres for(t) aimable plutôt que for-t-aimable.

Liaison avec -n prononcé [n] :

Un bon◡élève
Le divin◡enfant
Bon◡appétit

Supprimer la nasalisation :  [bɔnelεv] ; [divinɑ̃fɑ̃]

Liaison avec -f prononcé [v] :

Neuf◡heures 

Liaison avec -t prononcé [t] :

Avant-◡hier
D’un bout◡à l’autre
De haut◡en bas
Tout◡au moins
Tout◡à fait
Tout◡au plus
Un accent◡aigu
Petit◡à petit
Un petit◡ins­tant
Un petit◡ami
Nuit◡et jour
Bout◡à bout
Mot◡à mot
Pot◡à eau
Pot-◡au-feu
Du tout◡au tout
José, comment◡osez-vous ?

Liaison avec -d prononcé [t] :

Un pied-à-terre
Grand◡ouvert
Un grand◡enfant
De fond◡en comble

Liaison avec -p prononcé [p] :

Trop◡aimable

« Si vous rencontrez quelqu’un qui ne sait plus sourire,
Soyez généreux donnez-lui le vôtre,
Car nul n’a autant besoin d’un sourire
Que celui qui ne peut◡en donner aux◡autres. »
Raoul Follereau (1903-1977)

« Je voudrais crier aux jeunes gens dévorés de l’envie de laisser un nom dans ce monde qu’il◡y a quelque chose de mieux que de voyager : c’est de ne rien faire. Il◡y a quelque chose de mieux que d’avoir des◡aventures : c’est d’en◡inventer. Il◡y a quelque chose de mieux que de s’agiter : c’est de s’ennuyer. » Jean d’Ormesson

Sons [s] et [z] : Né quelque part de Maxime Le Forestier

Né quelque part est une chanson de Maxime Le Forestier sortie en 1987.

On choi[z]it pas [s]es parents
On choi[z]it pas [s]a famille
On choi[z]it pas non plus
Les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pourapprendreà marcher
Être né quelque part
Être né quelque part
Pour [s]elui qui est né
C’est toujours un ha[z]ard

Ya des◡[z]oi[z]eaux d’ ba[s]e-cour
Et des◡[z]oi[z]eaux d’ pa[s]age
Ils [s]avent où [s]ont leurs nids
Qu’ils rentrent de voyage
Ou qu’ils re[s]tent chez◡[z]eux
Ils [s]avent où [s]ont leurs◡[z]œufs
Être né quelque part
Être né quelque part
[s]’est partir quand◡[t]on veut
Revenir quand◡[t]on part

Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent ?

Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent
Que les gens nai[s]ent pareils ou pas ?

On choi[z]it pas [s]es parents
On choi[z]it pas [s]a famille
On choi[z]it pas non plus
Les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour◡apprendre◡à marcher

Je [s]uis né quelque part
Je [s]uis né quelque part
Lai[s]ez-moi [s]e repère
Ou je perds la mémoire

Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent
Que les gens nai[s]ent pareils ou pas ?
Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent
Que les gens nai[s]ent pareils ou pas ?

L’importance de la prononciation

On ne peut acquérir une langue vivante que si l’on maîtrise la prononciation des différents sons qui la composent. Cette compétence phonétique suppose un enseignement spécifique et aussi un entraînement pour aider l’apprenant à percevoir et produire les différentes unités sonores.

Pour améliorer sa prononciation et par conséquent sa production orale, l’apprenant doit s’intéresser aux activités de perception et d’entraînement articulatoire dont les supports sont multiples : textes littéraires, poésies, pièces de théâtre, contes, chansons

Tous ces merveilleux supports de cours sont d’une richesse inouïe pour les apprenants. Leur dimension esthétique ou encore l’émotion qu’ils suscitent permettent  à chacun de mémoriser la prononciation des mots et de travailler véritablement l’intonation. Le choix des textes littéraires en fonction des sons/phénomènes phonétiques qu’ils contiennent est très important, car l’apprentissage de la langue doit être et doit rester un plaisir pour l’apprenant…

Une chanson douce (Henri salvador)

Le Loup, la Biche et le Chevalier, connue également sous le nom d’Une chanson douce, est une chanson française (1950) interprétée par Henri Salvador.

Une chanson douce [y.nə.ʃɑ̃.sɔ̃.du.sə]
Que me chantait ma maman, [kə.mə.ʃɑ̃.tε.ma.ma.mɑ̃]
En suçant mon pouce [ɑ̃.sy.sɑ̃.mɔ̃.pu.sə]
J’écoutais_en m’endormant(liaison s sonore [z])
[ʒe.ku.tε.zɑ̃.mɑ̃.dɔr.mɑ̃]

Cette chanson douce, [sε.tə.ʃɑ̃.sɔ̃.du.sə]
Je veux la chanter pour toi [ʒə.vø.la.ʃɑ̃.te.pur.twa]
Car ta peau est douce [kar.ta.po.e.du.sə]
Comme la mousse des bois. [kɔ.mə.la.mu.sə.de.bwa]
La petite biche est aux_abois. (liaison s sonore [z])
[la.pə.ti.tə.biʃ.e.to.za.bwa]

Dans le bois se cache le loup,
[dɑ̃.lə.bwa.sə.ca.ʃə.lə.lu]
Ouh, ouh, ouh ouh ! [u.u.u.u]
Mais le brave chevalier passa. [mε.lə.bra.və.ʃə.va.lje.pa.sa]
Il prit la biche dans ses bras. [il.pri.la.bi.ʃə.dɑ̃.se.bra]
La, la, la, la. [la.la.la.la]
La petite biche,
Ce sera toi, si tu veux.
Le loup, on s’en fiche.
Contre lui, nous serons deux.
Une chanson douce
Que me chantait ma maman,
Une chanson douce
Pour tous les petits_enfants(liaison s sonore [z])
Oh ! Le joli conte que voilà,
La biche, en femme, se changea,
La, la, la, la
Et dans les bras du beau chevalier,
Belle princesse elle_est restée, (liaisons l [l])
à tout jamais.
La belle princesse
Avait tes jolis cheveux,
La même caresse
Se lit_au fond de tes_yeux(liaisons t puis s sonore [z])
Cette chanson douce
Je veux la chanter aussi,
Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à la fin de ma vie,
Jusqu’à la fin de ma vie.

« Ce sont des chansons qui sont dans les gênes même si la jeune génération ne sait pas qui est forcément Henri Salvador » (Louis Chédid)

Henri Salvador, né à Cayenne en Guyane en 1917 et mort à Paris en 2008 est un chanteur français. Compositeur et guitariste, il joue dans des orchestres de jazz avant de commencer une longue carrière de chanteur en 1948. Artiste populaire, apprécié d’un large public, on lui doit de nombreuses chansons qui aujourd’hui encore demeurent dans les mémoires : Syracuse ; Maladie d’amour ; Une chanson douce connue aussi sous le nom de Le loup, la biche et le chevalier…

La phonétique vue par Molière

Le bourgeois gentilhomme de Molière

Extrait de l’Acte II Scène IV 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE, MONSIEUR JOURDAIN.


Le Bourgeois Gentilhomme

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Que voulez-vous donc que je vous◡apprenne ?

MONSIEUR JOURDAIN.
— Apprenez-moi l’orthographe.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Très volontiers.

MONSIEUR JOURDAIN.
— Après vous m’apprendrez l’almanach [almana], pour savoir quand◡il◡y a de la lune, et quand◡il n’y en◡a point.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Soit. Pour bien suivre votre pensée, et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer selon l’ordre des choses, par◡une◡exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire, que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles, parce qu’elles◡expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes, parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses◡articulations des voix. Il◡y a cinq voyelles, ou voix, A, E, I, O, U.

MONSIEUR JOURDAIN.
— J’entends tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, A, se forme en◡ouvrant fort la bouche, A.

MONSIEUR JOURDAIN.
— A, A, Oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, E, se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut, A, E.

MONSIEUR JOURDAIN.
— A, E, A, E. Ma foi oui. Ah que cela est beau !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Et la voix, I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les◡oreilles, A, E, I.

MONSIEUR JOURDAIN.
— A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, O, se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, O.

MONSIEUR JOURDAIN.
— O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est◡admirable ! I, O, I, O.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— L’ouverture de la bouche fait justement comme◡un petit rond qui représente un O.

MONSIEUR JOURDAIN.
— O, O, O. Vous◡avez raison, O. Ah la belle chose, que de savoir quelque chose !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, U, se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les◡approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout◡à fait, U.

MONSIEUR JOURDAIN.
— U, U. Il n’y a rien de plus véritable, U.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que U.

MONSIEUR JOURDAIN.
— U, U. Cela est vrai. Ah que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Demain, nous verrons les◡autres lettres, qui sont les consonnes.

MONSIEUR JOURDAIN.
— Est-ce qu’il◡y a des choses aussi curieuses qu’à celles-ci ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Sans doute. La consonne, D, par exemple, se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d’en haut : DA.

MONSIEUR JOURDAIN.
— DA, DA. Oui. Ah les belles choses ! les belles choses !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— L’F, en◡appuyant les dents d’en haut sur la lèvre de dessous, FA.

MONSIEUR JOURDAIN.
— FA, FA. C’est la vérité. Ah ! mon père, et ma mère, que je vous veux de mal !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Et l’R, en portant le bout de la langue jusqu’au haut du palais ; de sorte qu’étant frôlée par l’air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même◡endroit, faisant une manière de tremblement, RRA.

MONSIEUR JOURDAIN.
— R, R, RA; R, R, R, R, R, RA. Cela est vrai. Ah l’habile◡homme que vous◡êtes ! et que j’ai perdu de temps ! R, r, r, ra.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Je vous◡expliquerai à fond toutes ces curiosités.