Le e prépausal : une mode à ne pas suivre…

« Bonjour-e Valéri-e  » : ce tic de prononciation (et de langage) consiste à sonoriser des « e » muets et même d’en ajouter à la fin des mots qui n’en contiennent normalement pas. (Attention, il ne s’agit pas du « heu » qui marque l’hésitation.)

 

Il en existe une variante, encore plus « curieuse », celle d’ajouter des « an » ou des « in » ! Mais d’où vient ce mystérieux phénomène ? On a mis un nom sur ce drôle de tic : on l’appelle le « e » prépausal, et la tendance est telle que de nombreux linguistes l’étudient sérieusement, notamment Anita Berit Hansen, professeur de linguistique à l’université de Copenhague. Pour tout comprendre, regardez la vidéo ci-dessous…

« Alors-e, tu as aimé l’article-an ? »

Liaisons et enchaînements vocaliques

Les liaisons et les enchaînements facilitent la prononciation des mots lorsque ceux-ci sont prononcés les uns à la suite des autres. Une bonne structure syllabique des mots a une influence sur le rythme de la phrase, qu’on appelle aussi prosodie. Pour vous entraîner, je vous propose de vous enregistrer sur les groupes de mots suivants… (Vous pouvez bien entendu m’envoyer les audios par email.)

Liaison avec -s ou -z prononcé [z] :

Une chose◡étrange
Une chose◡insensée
Une mauvaise◡habitude
Une mauvaise◡organisation
Chez◡eux
Sans◡argent
Dans◡un◡an       Liaison en-z puis en -n
Mais◡encore
De bas◡étage
Le tiers-◡état
De temps◡à autre
De temps◡en temps
De plus◡en plus
Qui mieux◡est
De mieux◡en mieux
Doux-◡amer

Liaison avec -r prononcé [r] :

Au premier◡étage
Un dernier◡essai

Liaisons supprimées par la présence d’un r

Pour les consonnes groupées à la fin de certains mots par des séquences -rc, -rs, -rt, -rd, l‘enchaînement se fait parfois avec le r même lorsqu’il est suivi d’une ou deux consonnes. 

Une « part à prendre » se prononcera [paraprendr’]
Le nord-ouest, le nord-est : [norouèst’], [norèst’]
Vers elle : [vèrèl]
Envers et contre tous : [envèrécontretous’]
A travers un champ : [atravèrunchan]
Deux heures et demie : [deuzeurédemi]

Ce fait est historique, la langue française évoluant constamment. Toutefois, le mot composé Tiers-État est toujours lié : [Tièrzéta].

La liaison n’est pas obligatoire avec -t dans fort aimable [forémabl’], fort habile [forabil’]. 

Liaison avec -n prononcé [n] :

Un bon◡élève
Le divin◡enfant
Bon◡appétit

Supprimer la nasalisation :  [bonélèv’] [divinenfant]

Liaison avec -f prononcé [v] :

Neuf◡heures 

Liaison avec -t prononcé [t] :

Avant-◡hier
D’un bout◡à l’autre
De haut◡en bas
Tout◡au moins
Tout◡à fait
Tout◡au plus
Un accent◡aigu
Petit◡à petit
Un petit◡ins­tant
Un petit◡ami
Nuit◡et jour
Bout◡à bout
Mot◡à mot
Pot◡à eau
Pot-◡au-feu
Du tout◡au tout
José, comment◡osez-vous ?

Liaison avec -d prononcé [t] :

Un pied-à-terre
Grand◡ouvert
Un grand◡enfant
De fond◡en comble

Liaison avec -p prononcé [p] :

Trop◡aimable

« Si vous rencontrez quelqu’un qui ne sait plus sourire,
Soyez généreux donnez-lui le vôtre,
Car nul n’a autant besoin d’un sourire
Que celui qui ne peut◡en donner aux◡autres. »
Raoul Follereau (1903-1977)

« Je voudrais crier aux jeunes gens dévorés de l’envie de laisser un nom dans ce monde qu’il◡y a quelque chose de mieux que de voyager : c’est de ne rien faire. Il◡y a quelque chose de mieux que d’avoir des◡aventures : c’est d’en◡inventer. Il◡y a quelque chose de mieux que de s’agiter : c’est de s’ennuyer. » Jean d’Ormesson

 

Sons [s] et [z] : Né quelque part de Maxime Le Forestier

Né quelque part est une chanson de Maxime Le Forestier sortie en 1987.

On choi[z]it pas [s]es parents
On choi[z]it pas [s]a famille
On choi[z]it pas non plus
Les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pourapprendreà marcher
Être né quelque part
Être né quelque part
Pour [s]elui qui est né
C’est toujours un ha[z]ard

Ya des◡[z]oi[z]eaux d’ ba[s]e-cour
Et des◡[z]oi[z]eaux d’ pa[s]age
Ils [s]avent où [s]ont leurs nids
Qu’ils rentrent de voyage
Ou qu’ils re[s]tent chez◡[z]eux
Ils [s]avent où [s]ont leurs◡[z]œufs
Être né quelque part
Être né quelque part
[s]’est partir quand◡[t]on veut
Revenir quand◡[t]on part

Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent ?

Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent
Que les gens nai[s]ent pareils ou pas ?

On choi[z]it pas [s]es parents
On choi[z]it pas [s]a famille
On choi[z]it pas non plus
Les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour◡apprendre◡à marcher

Je [s]uis né quelque part
Je [s]uis né quelque part
Lai[s]ez-moi [s]e repère
Ou je perds la mémoire

Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent
Que les gens nai[s]ent pareils ou pas ?
Est-[s]e que les gens nai[s]ent égaux en droits
À l’endroit où ils nai[s]ent
Que les gens nai[s]ent pareils ou pas ?

L’importance de la prononciation

On ne peut acquérir une langue vivante que si l’on maîtrise la prononciation des différents sons qui la composent. Cette compétence phonétique suppose un enseignement spécifique et aussi un entraînement pour aider l’apprenant à percevoir et produire les différentes unités sonores.

Pour améliorer sa prononciation et par conséquent sa production orale, l’apprenant doit s’intéresser aux activités de perception et d’entraînement articulatoire dont les supports sont multiples : textes littéraires, poésies, pièces de théâtre, contes, chansons…

Certains types de textes (poésies, chansons, pièces de théâtre…), par leur richesse culturelle, leur dimension esthétique ou encore leur force émotionnelle suscitent l’intérêt de l’apprenant et facilitent ainsi la mémorisation d’une bonne prononciation et d’une intonation conforme à la langue cible. Le choix des textes littéraires en fonction des sons/phénomènes phonétiques qu’ils contiennent est très important, car l’apprentissage de la langue doit être et doit rester un plaisir pour l’apprenant…

 

 

Phonétique : les nasales

Une chanson douce interprétée par Henri Salvador

Une chanson douce
Que me chantait ma maman,
En suçant mon pouce
J’écoutais_en m’endormant(liaison s sonore [z])
Cette chanson douce,
Je veux la chanter pour toi
Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois.
La petite biche est aux_abois. (liaison s sonore [z])
Dans le bois se cache le loup,
Ouh, ouh, ouh ouh !
Mais le brave chevalier passa.
Il prit la biche dans ses bras.
La, la, la, la.
La petite biche,
Ce sera toi, si tu veux.
Le loup, on s’en fiche.
Contre lui, nous serons deux.
Une chanson douce
Que me chantait ma maman,
Une chanson douce
Pour tous les petits_enfants(liaison s sonore [z])
Oh ! Le joli conte que voilà,
La biche, en femme, se changea,
La, la, la, la
Et dans les bras du beau chevalier,
Belle princesse elle_est restée, (liaisons l [l])
à tout jamais.
La belle princesse
Avait tes jolis cheveux,
La même caresse
Se lit_au fond de tes_yeux(liaisons t puis s sonore [z])
Cette chanson douce
Je veux la chanter aussi,
Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à la fin de ma vie,
Jusqu’à la fin de ma vie.

« Ce sont des chansons qui sont dans les gênes même si la jeune génération ne sait pas qui est forcément Henri Salvador » (Louis Chédid)

Henri Salvador, né à Cayenne en Guyane en 1917 et mort à Paris en 2008 est un chanteur français. Compositeur et guitariste, il joue dans des orchestres de jazz avant de commencer une longue carrière de chanteur en 1948. Artiste populaire, apprécié d’un large public, on lui doit de nombreuses chansons qui aujourd’hui encore demeurent dans les mémoires : Syracuse ; Maladie d’amour ; Une chanson douce connue aussi sous le nom de Le loup, la biche et le chevalier…

La phonétique vue par Molière

Le bourgeois gentilhomme de Molière

Extrait de l’Acte II Scène IV 

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE, MONSIEUR JOURDAIN.


Le Bourgeois Gentilhomme

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?

MONSIEUR JOURDAIN.
— Apprenez-moi l’orthographe.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Très volontiers.

MONSIEUR JOURDAIN.
— Après vous m’apprendrez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune, et quand il n’y en a point.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Soit. Pour bien suivre votre pensée, et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire, que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles, parce qu’elles expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes, parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles, ou voix, A, E, I, O, U.

MONSIEUR JOURDAIN.
— J’entends tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, A, se forme en ouvrant fort la bouche, A.

MONSIEUR JOURDAIN.
— A, A, Oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, E, se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut, A, E.

MONSIEUR JOURDAIN.
— A, E, A, E. Ma foi oui. Ah que cela est beau !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Et la voix, I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles, A, E, I.

MONSIEUR JOURDAIN.
— A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, O, se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, O.

MONSIEUR JOURDAIN.
— O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.

MONSIEUR JOURDAIN.
— O, O, O. Vous avez raison, O. Ah la belle chose, que de savoir quelque chose !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— La voix, U, se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout à fait, U.

MONSIEUR JOURDAIN.
— U, U. Il n’y a rien de plus véritable, U.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que U.

MONSIEUR JOURDAIN.
— U, U. Cela est vrai. Ah que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Demain, nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes.

MONSIEUR JOURDAIN.
— Est-ce qu’il y a des choses aussi curieuses qu’à celles-ci ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Sans doute. La consonne, D, par exemple, se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d’en haut : DA.

MONSIEUR JOURDAIN.
— DA, DA. Oui. Ah les belles choses ! les belles choses !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— L’F, en appuyant les dents d’en haut sur la lèvre de dessous, FA.

MONSIEUR JOURDAIN.
— FA, FA. C’est la vérité. Ah ! mon père, et ma mère, que je vous veux de mal !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Et l’R, en portant le bout de la langue jusqu’au haut du palais ; de sorte qu’étant frôlée par l’air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une manière de tremblement, RRA.

MONSIEUR JOURDAIN.
— R, R, RA; R, R, R, R, R, RA. Cela est vrai. Ah l’habile homme que vous êtes ! et que j’ai perdu de temps ! R, r, r, ra.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.
— Je vous expliquerai à fond toutes ces curiosités.

 

Bise ou pas bise ?

La bise pour se dire bonjour

Pour l’humoriste anglais Paul Taylor, la coutume française qui consiste à se faire la bise pour se dire bonjour est aberrante. Au travers de la vidéo ci-dessous, Taylor met en avant le dilemme de savoir s’il faut faire la bise ou serrer la main d’une femme que l’on rencontre pour la première fois, s’il faut faire une, deux, trois ou quatre bises, s’il faut commencer par la joue gauche ou celle de droite, ou encore s’il faut, sur son lieu de travail, faire la bise à tous ses collègues ou à personne pour n’attiser aucune jalousie.

La vérité sur la bise…

Dans l’Est de la France, on vous fera deux bises, en commençant généralement par la joue droite.
Dans le Sud de la France, on pratique soit 2, soit 3 bises, en commençant généralement par la joue gauche.
A Paris, dans tout le Bassin Parisien et en Picardie, vous aurez le droit à deux ou quatre bises, en commençant généralement par la joue gauche.
En Bretagne, dans la région de Brest, vous n’aurez qu’une bise…
Enfin, à Montpellier et dans la région du Gard, vous devrez faire 3 bises à la personne que vous saluerez.

Pour en savoir plus : 

http://rue89.nouvelobs.com/blog/americanmiroir/2012/07/24/la-bise-un-rituel-so-chic-qui-deroute-les-americains-228080

http://www.combiendebises.com

 

Les Français, sont-ils trop polis ?


Trop de formules de politesse.
Des fois [formule à éviter], même, entre deux étages, dans un ascenseur, tu peux en faire NEUF [9] des formules de politesse, tu sais !
Tu rentres.
« Bonjour… Pardon… Excusez-moi… Pardon ? Quel étage ? Deuxième. Merci. »
T’attends un peu.
« Oups ! Pardon. »
T’arrives. Les portes s’ouvrent.
« Excusez-moi, je veux sortir. C’est à moi de sortir. »
« Ben, oui, je vais vous laisser passer. »
« Ben, merci. »
« Attention… Pardon… Excusez-moi… Bonne journée ! »
« Ben vous aussi ! »
« Merci, au revoir, à bientôt, merci, pardon, oups ! »

La langue française par la dictée…

J’ai vécu quelques expériences qui montrent qu’une personne peut très bien connaître une règle de grammaire et ne savoir ni l’appliquer, ni même la reconnaître ! C’est pourquoi je propose aujourd’hui de rompre avec les lois codifiées des livres de grammaire et de commencer un vrai travail à partir de jolis textes. J’aimerais exercer l’intelligence de tous mes élèves non pas avec la matière « morte » des grammaires, mais avec des textes « vivants ». Ma méthode peut sembler un peu à contre-courant de ce que l’on propose actuellement dans les écoles ou les collèges, mais le français n’est-il pas avant tout une langue vivante ? Devons-nous croire absolument que, pour connaître une langue, il faut commencer par étudier consciencieusement toutes les règles grammaticales ? Un livre de grammaire n’est-il pas, après tout, qu’un ensemble d’observations recueillies à partir des meilleures œuvres de la littérature française ?

En choisissant des textes d’auteur, je cherche à mettre les élèves en contact avec la littérature pour que nous retrouvions ensemble le plaisir d’extraire les lois du langage. Comprendre la pensée des grands écrivains, offrir de beaux textes sans banaliser l’enseignement grammatical, telle est la mission que je me donne depuis plusieurs années. 

Je parle essentiellement de grammaire, mais je n’oublie pas l’orthographe. Les dictées qui paraissaient rétrogrades il y a encore quelques années semblent être remises au goût du jour. Par contre, je ne trouve pas d’intérêt dans l’acte mécanique d’apprendre une dictée par coeur. Etudier à l’avance une dictée ne garantit pas à l’enfant inattentif de ne plus faire de fautes, même s’il connaît le texte parfaitement. D’ailleurs, l’expérience montre qu’un mot mal orthographié est mieux ancré dans la mémoire de celui qui l’a écrit que le mot corrigé. Tout simplement, parce que la personne qui a fait l’effort de construire le mot aura beaucoup de mal à enregistrer la correction. Lors de l’effort, elle était active, lors de la correction, elle est passive !

 


Pour voir la correction, cliquez sur L’eau Dictée Bernard Pivot