Georges Pérec

Écrivain français (Paris 1936 – Ivry-sur-Seine 1982) : lire la biographie de Georges Pérec sur l’Encyclopédie Larousse.

La Vie mode d’emploi est un roman publié en 1978 (prix Médicis). La rédaction du  livre – considérable – s’est étendue sur une dizaine d’années. Il en résulte 600 pages, 99 chapitres et 2000 personnages. Georges Pérec est également célèbre pour avoir écrit en 1968 un roman en lipogramme qui ne comporte pas du tout la lettre E : La disparition.

Extrait de la Vie Mode d’Emploi

Madame Nochère a aujourd’hui quarante ans. C’est une femme toute petite, un peu boulotte, volubile et serviable. Elle ne ressemble absolument pas à l’image que l’on se fait habituellement des concierges ; elle ne vocifère pas ni ne marmonne, ne vitupère pas d’une voix criarde contre les animaux domestiques, ne chasse pas les démarcheurs (ce que d’ailleurs plusieurs propriétaires et locataires auraient plutôt tendance à lui reprocher), n’est ni servile ni cupide, ne fait pas marcher sa télévision toute la journée et ne s’emporte pas contre ceux qui descendent leur poubelle le matin ou le dimanche ou qui font pousser des fleurs en pots sur leur balcon.

     (…) Une seule personne dans l’immeuble déteste vraiment Madame Nochère : c’est Madame Altamont, pour une histoire qui leur est arrivée un été. Mme Altamont partait en vacances. Avec le souci d’ordre et de propreté qui la caractérise toujours, elle vida le réfrigérateur et fit cadeau de ses restes à sa concierge : un demi-quart de beurre, une livre de haricots verts frais, deux citrons, un demi-pot de confiture de groseilles, un fond de crème fraîche, quelques cerises, quelques bribes de fromage, diverses fines herbes et trois yaourts au goût bulgare.

Pour des raisons mal précisées, mais vraisemblablement liées aux longues absences de son mari, Mme Altamont ne put partir à l’heure initialement prévue et dut rester chez elle vingt-quatre heures de plus ; elle retourna donc voir Mme Nochère et lui expliqua, d’un ton à vrai dire plutôt embarrassé, qu’elle n’avait rien à manger pour le soir et qu’elle aimerait récupérer les haricots verts frais qu’elle lui avait donnés le matin même.

– C’est que, dit Mme Nochère, je les ai épluchés, ils sont sur le feu.

– Que voulez-vous que j’y fasse ? répliqua Mme Altamont.

Mme Nochère monta elle-même à Mme Altamont les haricots verts cuits et les autres denrées qu’elle lui avait laissées. Le lendemain, Mme Altamont partant, cette fois-ci pour de bon, redescendit à nouveau ses restes à Mme Nochère. Mais la concierge les refusa poliment.

Pour aller plus loin…

Extrait de la disparition en version PDF La disparition de Georges Perec