Paul Eluard

Eugène Grindel, dit Paul Éluard

Poète français (Saint-Denis 1895 – Charenton-le-Pont 1952) : lire la biographie de Paul Éluard sur l’Encyclopédie Larousse.

À la fenêtre

Je n’ai pas toujours◡eu cette sûreté, ce pessimisme qui rassure les meilleurs d’entre nous. Il futun temps où mesamis riaient de moi. Je n’étais pas le maître de mes paroles. Une certaineindifférence. Je n’ai pas toujours bien su ce que je voulais dire, mais, le plus souvent, c’est que je n’avais rienà dire. La nécessité de parler et le désir de n’être pasentendu. Ma vie ne tenant qu’à un fil.

Il futun temps où je ne semblais rien comprendre. Mes chaînes flottaient sur l’eau.

Tous mes désirs sont nés de mes rêves. Et j’ai prouvé monamour avec des mots.

À quelle créature fantastique me suis-je confié, dans quel monde douloureux et ravissant monimagination m’a-t-elle enfermé ? Je suis sûr d’avoir été aimé dans le plus mystérieux des domaines, le mien. Le langage de monamour n’appartient pasau langage humain, mon corps◡humain ne touche pasà la chair de monamour. Monimagination amoureuse est toujours◡assez constante et assez haute pour que nul ne puisse tenter de me convaincre d’erreur.

Paul Éluard
Donner à voir (1939)

 


« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité est non pas, je le répète, d’invoquer, mais d’inspirer. Tant de poèmes d’amour sans objet réuniront, un beau jour, des amants. On rêve sur un poème comme on rêve sur un être. La compréhension, comme le désir, comme la haine, est faite de rapports entre la chose à comprendre et les autres, comprises ou incomprises. »