La prononciation du R

La lettre R, la mal-aimée de l’alphabet français ?

La lettre R est la 14ème consonne de l’alphabet latin après le B C D F G H J K L M N P Q .

Si au niveau graphique elle est la même dans beaucoup de langues, on peut cependant remarquer une différence dans sa prononciation. On fera par exemple le son [r] aux Etats-Unis avec la langue incurvée vers l’arrière de la bouche, tandis qu’en Espagne, on positionnera plutôt l’apex (la pointe de la langue) derrière les incisives supérieures. Contrairement à beaucoup de langues, en français, le son [r] français ne s’articule pas avec la langue qui reste bien à plat derrière les incisives inférieures. 

rude [ryd] – version française

rude [ru:d] – version anglaise US

rude [ru:d] – version anglaise UK

rudo [rudo] – version espagnole

La fabuleuse évolution du R

Jusqu’au XVIIIème siècle, le R français était prononcé avec la pointe de la langue proche des alvéoles (partie osseuse située derrière les incisives supérieures).

Dans la pièce de théâtre Le Bourgeois gentilhomme de Molière (1670), le Maître de philosophie explique à Monsieur Jourdain comment articuler son R : « Et l’R, en portant le bout de la langue jusqu’au haut du palais ; de sorte qu’étant frôlée par l’air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une manière de tremblement, RRA. »

Puis, ce R apical (prononcé avec la pointe de la langue) va céder peu à peu sa place à un R uvulaire, c’est-à-dire un son produit grâce à la luette vibrant contre le dos de la langue.

Page 335, dans l’ouvrage Réflexions sur l’usage présent de la langue francoise, ou remarques nouvelles et critiques touchant la politesse du langage (1692) de Nicolas Andry surnommé Bois-Regard, on peut lire : « Il est bon de faire sonner un peu les R, cela donne de la grâce au langage ; mais il ne faut pas le régler sur le peuple de Paris, qui les prononce jusqu’à écorcher les oreilles, mon perre entend-on quelquefois, ma merre, mon frerre ; ce n’est pas ainsi qu’on prononce à la Cour, l’on doit un peu faire entendre l’R, mais il faut que ce soit d’une manière douce & qui n’ait rien de grossier ny de badaut. Le peuple de Paris est encore fort accoutumé à prononcer les R, à la fin des infinitifs, comme : aller, venir, mais très mal et fort rudement ; il ne faut pas faire néanmoins comme dans la plupart des Provinces, où on les supprime tout à fait. »

Antoine Furetière (1619-1688), dans son dictionnaire publié post-mortem en 1690, définit ce R comme étant grasseyé. En d’autres termes, grasseyer signifie « parler gras, ne pouvoir pas bien prononcer certaines lettres et entre autres l’r».

Entre le XVIIIème et le XIXème siècle, le R devient dorso-vélaire, ce qui signifie que le dos de la langue exerce une frottement contre le voile du palais. Il n’y a donc plus de vibration de la luette.

Dans les années 50, la mode est aux chansons où les R sont exagérément trop longs.

Le R d’aujourd’hui – toujours dorso-vélaire – est plus doux et délicat. La preuve en est, on l’entend parfois à peine, surtout à la fin des mots.

Un R tout doux à la fin des mots

Le son [r] est relâché à l’oral. On l’entend presque pas à la fin des mots, surtout quand il ne fait pas de liaison avec une voyelle ou un h muet. Si je dis par exemple « il court » [il.kur], un anglophone peut entendre [il ku].

On retrouve le même phénomène en anglais où le R est parfois inaudible à la fin des mots.

doctor [ˈdɒktəɼ] – version anglaise UK

rare [reəɼ] – version anglaise UK

future [ˈfju:tʃəɼ] – version anglaise UK

Dans le langage courant, le R d’un groupe consonantique (BR, CR, DR, FR, GR, PR, VR…) suivi d’un E muet disparaît quelquefois. 

La disparition du R dans un groupe consonantique

« Ouv’ la f’nêt’, il fait trop chaud. » (Ouvre la fenêtre, il fait trop chaud.)

« Un’ tabl’ pour quat’, s’il vous plaît ! » (Une table pour quatre, s’il vous plaît !)

Le son [r] est un souffle.

Voici quelques conseils simples (je l’espère) pour faire le R français.

Tout d’abord, votre langue doit être plate (au repos) derrière les dents du bas.

Lèvres entrouvertes, laissez échapper un petit souffle en vous râclant doucement la gorge. Le son doit être comme un soupir ou un râle léger.

Rappelez-vous qu’il faut que ce soit un simple souffle d’air. Cela n’exige ni tension musculaire dans la bouche, ni vibration de la langue. N’hésitez pas à garder la bouche moyennement ouverte, pour garder la position de la langue « plate » derrière les incisives inférieures.  Avec une bouche fermée, la pointe de la langue a tendance à se lever.

Quelques exercices pour s’entraîner

Prononcer correctement le français grâce à la phonétique !