Sidonie Gabrielle Colette

Femme de lettres française (Saint-Sauveur-en-Puisaye, 1873 – Paris 1954) : lire la biographie de Colette sur l’encyclopédie Larousse.

Sortie du film, le mercredi 16 janvier 2019

 

La Vagabonde est un roman écrit par Colette en 1910. Dans ce livre, on retrouve quelques éléments autobiographiques mêlés à la fiction.

Résumé : Renée Néré,  trente-trois ans, douloureusement divorcée d’Adolphe Taillandy, peintre mondain qui l’a trompée et humiliée des années durant, vit seule avec sa chienne Fossette et s’adonne quand elle le peut au plaisir de l’écriture. Pour subvenir à ses besoins, elle exerce le métier de mime avec Brague, qui est à la fois son professeur, son partenaire de scène et son camarade. Maxime Dufferein-Chautel, d’abord admirateur tenace de l’artiste, tombe amoureux de la femme et tente de la conquérir…(Source http://www.amisdecolette.fr/la-vagabonde/)

Extrait de la Vagabonde :

Ecrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tournent en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué eninsecte fantastique, envolé en papillon-fée…

Ecrire… C’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monteaux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort, courbatu, abêti, mais déjà récompensé et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge, dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe…

Ecrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite, que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos enuneheure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée…

Ecrire ! Plaisir et souffrance d’oisifs ! Ecrire ! … J’éprouve bien, de loin en loin, le besoin, vif comme la soif enété, de noter, de peindre… Je prends encore la plume, pour commencer le jeu périlleux et décevant, pour saisir et fixer, sous la pointe double et ployante, le chatoyant, le fugace, le passionnantadjectif… ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice…

Les Vrilles de la vigne rassemble vingt courtes nouvelles d’origine biographique dans lesquelles l’auteur exprime son goût pour la nature et la nostalgie du village de son enfance.

Extrait du livre Les Vrilles de la vigne (1908)

« Beau temps. On◡a mis tous les◡enfants à cuire ensemble sur la plage. Les◡uns rôtissent sur le sable sec, les◡autres mijotent au bain-marie dans les flaques chaudes. La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme◡elle de toile écrue…

– Maman !…

– …

– Maman, dis donc, maman !…

Son gros petit garçon, patient et têtu, attend, la pelle aux doigts, les joues sablées comme◡un gâteau…

– Maman, dis donc, maman… Les◡yeux de la liseuse se lèvent enfin, hallucinés, et elle jette dans◡un petit aboiement excédé :

– Quoi ?

– Maman, Jeannine est noyée, répète le bon gros petit garçon têtu. Le livre vole, le pliant tombe…

– Qu’est-ce que tu dis, petit malheureux ? Ta sœur est noyée ?

– Oui. Elle◡était là, tout◡à l’heure, elle n’y est plus. Alors je pense qu’elle s’est noyée. La jeune maman tourbillonne comme◡une mouette et va crier… quand◡elle◡aperçoit la « noyée » au fond d’une cuve de sable, où elle fouit(1) comme◡un ratier…

– Jojo ! Tu n’as pas honte d’inventer des◡histoires pareilles pour m’empêcher de lire ? Tu n’auras pas de chou à la crème à quatre◡heures ! Le bon gros écarquille des◡yeux candides(2).

– Mais c’est pas pour te taquiner, maman ! Jeannine était plus là, alors je croyais qu’elle◡était noyée.

– Seigneur ! Il le croyait !!! Et c’est tout ce que ça te faisait ? Consternée, les mains jointes, elle contemple son gros petit garçon, par-dessus l’abîme qui sépare une grande personne civilisée d’un petit◡enfant sauvage… »

Colette, « En baie de Somme », Les Vrilles de la vigne, 1908

(1) creuser

(2) innocents, naïfs