Sidonie Gabrielle Colette

Femme de lettres française (Saint-Sauveur-en-Puisaye, 1873 – Paris 1954) : lire la biographie de Colette sur l’encyclopédie Larousse.

La Vagabonde est un roman écrit par Colette en 1910.
Renée Néré,  trente-trois ans, douloureusement divorcée d’Adolphe Taillandy, peintre mondain qui l’a trompée et humiliée des années durant, vit seule avec sa chienne Fossette et s’adonne quand elle le peut au plaisir de l’écriture. Pour subvenir à ses besoins, elle exerce le métier de mime avec Brague, qui est à la fois son professeur, son partenaire de scène et son camarade. Maxime Dufferein-Chautel, d’abord admirateur tenace de l’artiste, tombe amoureux de la femme et tente de la conquérir. Encore meurtrie par l’échec de son mariage, Renée commencera par le repousser, pour céder ensuite à la tentation de l’amour que lui offre cet homme simple, chaleureux et rassurant. Mais au fil de la tournée, la crainte d’un nouvel échec amoureux, le refus du servage conjugal, fût-il adouci, et, surtout, le goût retrouvé de la liberté auront raison de ces projets. Renée n’est pas prête à renoncer au charme rude de son métier, ni à la fierté de son indépendance. Sans illusions mais sans amertume, acceptant sa part de solitude et les regrets à venir, elle reprendra sa route sans avoir revu Maxime. (Source http://www.amisdecolette.fr/la-vagabonde/)

Extrait de la Vagabonde :

Ecrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tournent en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué eninsecte fantastique, envolé en papillon-fée…

Ecrire… C’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monteaux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort, courbatu, abêti, mais déjà récompensé et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge, dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe…

Ecrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite, que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos enuneheure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée…

Ecrire ! Plaisir et souffrance d’oisifs ! Ecrire ! … J’éprouve bien, de loin en loin, le besoin, vif comme la soif enété, de noter, de peindre… Je prends encore la plume, pour commencer le jeu périlleux et décevant, pour saisir et fixer, sous la pointe double et ployante, le chatoyant, le fugace, le passionnantadjectif… ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice…