Victor Hugo

Écrivain français  (Besançon 1802 – Paris 1885) : lire la biographie de Victor Hugo sur l’Encyclopédie Larousse.

  1. Poème « Demain, dès l’aube » issu des Contemplations.  À la veille du quatrième anniversaire de la mort accidentelle de sa fille Léopoldine, Hugo compose ce poème touchant, beau et solennel.

Demain, dès l’aube, à l’heure◡où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai lesyeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans◡entendreaucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Léopoldine rencontre son futur mari, Charles Vacquerie, lors d’une visite de courtoisie que les Hugo font aux Vacquerie dans leur maison de Villequier en 1838. Léopoldine épouse Charles le 15 février 1843 à Paris. Le 4 septembre 1843, vers dix heures, Charles embarque en compagnie de son oncle, Pierre Vacquerie, un ancien marin, et du fils de celui-ci, Arthur âgé de 12 ans, pour se rendre chez Me Bazire, le notaire de Caudebec, à quelques kilomètres de Villequier. Il demande à sa jeune femme si elle veut les accompagner. Celle-ci refuse parce qu’elle n’est pas habillée. Les trois voyageurs se mettent en route, mais quelques instants plus tard, Charles revient prendre deux lourdes pierres parce que le canot n’a pas assez de lest. Alors qu’il les met dans le bateau pour lui donner plus de solidité, Léopoldine s’écrie : « Puisque vous voilà revenus, je vais aller avec vous ; attendez-moi cinq minutes ». Elle monte dans le canot. Madame Vacquerie mère recommande de rentrer pour le déjeuner, regarde le canot s’en aller et pense : « Il fait trop calme, ils ne pourront pas aller à la voile, nous déjeunerons trop tard ». En effet, la voile du canot retombait sur le mât. Pas une feuille ne tremblait aux arbres. Cependant, un léger souffle venant de temps en temps gonfler la voile, le bateau avance lentement et arrive à Caudebec, où ils se rendent chez le notaire. Ce dernier essaie de les persuader de ne pas retourner à la rivière parce qu’il n’y a pas de vent. Il leur offre donc sa voiture pour les reconduire à Villequier. Mais, les voyageurs refusent et regagnent leur embarcation. L’oncle Vacquerie tient la barre du gouvernail, quand tout à coup entre deux collines, s’élève un tourbillon de vent qui s’abat sur la voile et fait brusquement chavirer le canot. Des paysans, sur la rive opposée, voient Charles reparaître sur l’eau et crier, puis plonger et disparaître. Ils croient qu’il s’amuse alors qu’il plonge et tâche d’arracher sa femme, qui, sous l’eau, se cramponne désespérément au canot renversé. Charles est un excellent nageur, mais Léopoldine s’accroche comme le font les noyés, avec l’énergie du désespoir. Les efforts désespérés de Charles sont sans succès alors, voyant qu’il ne la ramènerait pas avec lui dans la vie, il plonge une dernière fois et reste avec elle dans la mort. Pendant ce temps, Madame Vacquerie, attend dans le jardin. Elle a pris une longue-vue et regarde dans la direction de Caudebec. Ses yeux se troublent, elle appelle un pilote et lui dit : « Regardez vite, je ne vois plus clair, il semble que le bateau est de côté. » Le pilote regarde et ment : « Non, madame, ce n’est pas leur bateau ». Il court en toute hâte avec ses camarades, mais il est trop tard. Lorsqu’on apporta quatre cadavres à Madame Vacquerie, elle ne voulut pas les croire morts.  Léopoldine n’avait que dix-neuf ans et son mari n’en avait pas vingt-sept. Léopoldine Hugo repose au cimetière de Villequier, dans le même cercueil que Charles Vacquerie.

2) Elle était déchaussée, elle était décoiffée… est un poème extrait de la première partie des « Contemplations ». Il évoque une scène de rencontre entre deux jeunes personnes à laquelle vient s’ajouter un jeu de séduction. C’est avec fraîcheur et émotion que le poète nous invite à partager ce moment lumineux, simple, naturel et complexe à la fois.

Elleétait déchaussée, elleétait décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?
Elle me regarda de ce regard suprême
Qui resteà la beauté quand nousen triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’onaime,
Veux-tu nousenaller sous lesarbres profonds ?
Elleessuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme lesoiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venirà moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans sesyeux, et riant au travers.

3) Elle avait pris ce pli, poème extrait des Contemplations et dédié à Léopoldine, morte accidentellement par noyade.

Elleavait pris ce pli dans sonâgeenfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’onespère ;
Elleentrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’enallait commeun oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Monoeuvreinterrompue, et, toutenécrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elleavait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elleaimait Dieu, les fleurs, lesastres, les prés verts,
Et c’étaitunesprit avant d’êtreune femme.
Son regard reflétait la clarté de sonâme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh ! que de soirs d’hiver radieuxet charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatreenfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelquesamis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elleest morte ! Hélas ! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en sesyeux.