S’entraîner avec Arte Radio

« Oscar est né il y a deux jours dans cette maternité de la région parisienne, » [Ça…] « une maternité classique, » [c’est ma voix] « semblable à des centaines d’autres en France, » [ma voix de JT] « sous vidéo surveillance, mais sans interphone ni sas de sécurité. »

[Quand je suis entrée à l’école de journalisme, je suis devenue apprentie rédactrice pour les journaux télévisés de France 2.] « Une technique d’autodéfense de l’armée israélienne… » [J’avais 21 ans et je travaillais pour le JT de 13 heures, de 20 heures et de Télématin.] « N’importe qui semble pouvoir y accéder sur Internet. » [Bien sûr quand on rentre dans une grosse rédaction comme celle-ci, on ne commence pas tout de suite à faire des reportages. Il faut d’abord apprendre les bases du métier. Proposer des sujets. Faire des micro-trottoirs. Savoir écrire le commentaire d’un reportage, et puis savoir le dire aussi, c’est ce qui s’appelle « poser sa voix ». Vous savez, être capable de faire cette voix off qui commente les images… Il y en a chez qui c’est presque inné, moi pour y arriver ça m’a pris des mois.]

« Rentrer du travail ou sortir le soir, pour une femme sur quatre, c’est un moment de peur. » [Au début ma voix n’allait jamais. Trop scolaire. Trop téléphone rose. Trop gamine. Trop sérieuse. Alors mes chefs demandaient à une autre journaliste de parler à ma place.]

« Pour cette mère de cinq enfants, la composition des repas est chaque jour un casse-tête économique. »

[Pour cette mère de cinq enfants, la composition des repas est chaque jour un casse-tête économique… économique. Faut baisser plus la voix à la fin. Mais d’où ça vient ? Pourquoi les journalistes de télévision se sont tous mis à parler comme ça ?]

« Déterminé, l’ancien militaire a fédéré… Quatre mille vaches moutons chevaux et autant de crottins… Grâce à une caméra de surveillance dans son entrée… Parmi les infidèles, près d’une deux consulte… des haricots verts… »

Pascal Doucet-Bon : [Ils croient que c’est ce que leurs chefs attendent d’eux.]

[Mais les chefs n’attendent pas ça ?]

Pascal Doucet-Bon : [Les chefs sont paradoxaux parce que, heu, ils se plaignent de l’uniformisation, c’est les premiers à s’en plaindre… et en même temps ils ne font pas ce qu’il faut pour que ça change.]

[Alors, lui, il sait de quoi il parle parce que justement c’en est un de chef, un méga chef même. Pascal Doucet-Bon est directeur adjoint des rédactions de France Télévisions.]

Pascal Doucet-Bon : [Mais si eux-mêmes sont issus de de de ce ton caricatural-là, ils ne savent peut-être tout simplement pas faire autre chose.]

[Il a aussi été rédacteur en chef du 20H de France 2 pendant quatre ans.]

Pascal Doucet-Bon : [Quand j’ai commencé ma carrière on était dans le règne du grand journalisme … heu … Envoyé spécial, etc., lui-même héritier de très grandes émissions, de grands reportages… heu… de l’ORTF comme Cinq colonnes à la une… Et c’était… le journaliste est très concerné et il cherche à laisser parler l’image le plus possible… à beaucoup moins écrire en quantité que ce qu’on écrivait avant.] « Quand la dernière vache aura été abattue, quand les dernières réserves de maïs seront épuisées, il faudra bien sortir. L’armée, attend. L’armée, attend. »

Pascal Doucet-Bon : [Le problème est que ce genre-là s’est caricaturé très vite, c’est-à-dire que sous prétexte de laisser vivre l’image, on a créé ce qu’on appelle les virgules qui n’existent pas.] « L’ex-informaticien n’a qu’une envie, redémarrer une vie professionnelle. » [Donc on massacre la ponctuation…] « Un choix qui pour lui relève presque de l’évidence…. Et pour avoir des rapports sexuels avec une autre personne que leur partenaire… Les Loques vont faire le plus gros chèque de leur vie… »

Pascal Doucet-Bon : [Lorsqu’un stagiaire opérationnel – je dis stagiaire au sens large du terme – tout débutant dans le métier arrive, la plupart des institutions, heu, de média, heu, vont se rassurer en exigeant d’eux qu’ils soient dans une norme qui est la norme du moment.]

[Ça je confirme que ces histoires de voix pour les jeunes rédacteurs, c’est l’angoisse.] « Diarrhées, vomissements, fièvre » [Entre stagiaires, on en parle très souvent.]

« Et ma voix ? Tu l’aimes ma voix ? » [Comment trouver sa voix/voie ? On jalouse ceux qui ont déjà une bonne voix,] « Sur les canaux de Picardie, la glace se fissure… » [on conseille à ceux qui doivent encore la trouver.] « Un délire collectif s’empare des habitants ».

[On est désolé pour ceux qui ont une voix qui ne passe pas.] « La gastroentérite est en forte progression ». [Parce que pas de bonne voix, pas de contrat.] « En bord de mer, à l’heure du déjeuner, ce qui se vend le mieux, c’est le rosé ». [Un soir, j’en ai eu marre. J’avais fait un reportage qui me tenait vraiment à cœur. Alors dans la cabine de mixage, j’ai pensé très fort à Vincent Marronnier de Groland.] « Il est vingt heures, Moustique arrive à son bureau et là c’est le drame. » [J’ai baissé ma voix de trois octaves, et là…] « Quand on est adolescentes, il y a deux façons de passer ses vacances, sans adultes, entre copines, ou alors sous le regard de ses parents » [de l’autre côté de la vitre, j’ai vu mon chef me faire des grands signes, tout content.] « Le menu manque un peu de variétés, mais question budget les filles tiennent leurs comptes. » [Ce soir-là, j’ai même reçu des textos de félicitations : Bravo tu vois, tu l’as enfin trouvée, ta voix. J’étais contente bien sûr mais, enfin, trouver ma voix, moi ça m’a toujours fait penser à ça.] « Laopsu a dit : Il faut trouver la voie. A vrai dire, je suis là pour ça. Mais tout d’abord, je dois vous couper la tête. » [Encore aujourd’hui quand je tombe sur le JT pendant quelques secondes, j’ai toujours peur qu’il se soit passé quelque chose de très très grave.] « Depuis ce matin, les services de la ville s’échinent à dégager les accès des bâtiments publics. » [Voilà.] « Et les habitants sont appelés à déneiger les trottoirs. » [AH OUF !] « Cette couche de neige historique devrait donc s’épaissir encore davantage ».

Pascal Doucet-Bon : [Bon c’est super qu’il y ait de la neige, heu, voilà il y en a beaucoup, apparemment c’est un record. Soit, m’enfin si j’ai bien compris l’extrait, personne n’est mort, personne n’est blessé, et bon, heu, a priori, heu, le ton laisse penser quand même que tout ça est très très très très grave, quoi.]

[Alors il y a autre chose qui est frappant dans les voix de reportage, c’est qu’ils ont tous le même accent.] « Et sur le terrain comme à la caserne, pas toujours facile de s’imposer ». [En fait, ils ont un accent parisien, pourquoi ?]

Pascal Doucet-Bon : [Au moment des sélections dans l’école de journalisme, on a d’abord un tronc commun de journalistes, puis après les sélections par média. Certains vont en télé, certains vont en radio. L’accent fait partie des critères de sélection. Donc, la vérité, c’est que moi je n’ai jamais vu arriver un jeune journaliste avec un accent à couper au couteau. Ben la normalisation, elle se fait avant, les têtes qui dépassent, heu, « Cette lame est très bien aiguisée », on les renvoie dans leur région, … , en ce qui concerne la télé, à France 3 dans leur région éventuellement, mais …]

« A Sigean tout comme à Durban des dizaines de vignerons sont venus donner un coup de main en soutien à leurs collègues sinistrés. »

Pascal Doucet-Bon : [Mais si vous êtes en train de me demander si un journaliste par exemple perpignanais arrivait… mais vraiment le Perpignanais avec l’accent à couper au couteau… s’il arrive à la télévision, ben non, je ne vais pas le prendre. Et même, je vais vous dire, je défendrai l’idée de ne pas le prendre parce qu’on ne comprend pas ce qu’il raconte.] 

[Bon, c’est pas très sympa mais au moins c’est honnête.]

Pascal Doucet-Bon : [Nan mais c’est vrai, on a tous connu le le le le le le maraîcher perpignanais, heu, dont on est obligé d’enlever le sonore d’un sujet parce qu’on ne comprend pas ce qu’il raconte.] « Une solidarité qui fait chaud au cœur. »

[Ok on va faire l’extrait numéro cinq.] « Notons que Jean-Claude Dumas fait toujours l’objet de poursuites pour délit d’initié dans l’affaire de la grande surface « Superprix », à Lonchaton… »

Pascal Doucet-Bon : [Bon alors là, on a… c’est une très mauvaise voix.] « ainsi que d’abus de bien sociaux pour l’achat d’un camion frigorifique à usage personnel. »

Pascal Doucet-Bon : [Un accent tonique, dans l’oralité, il est censé faire sens, c’est-à-dire faire ressortir un mot dont le journaliste, heu, pense qu’il est important. Mais là, il y a des accents toniques sur tous les mots… à la base de la base. Le problème de cette personne, c’est l’écriture.]

[Ok, en fait, c’est Vincent Marronnier de Groland.] Rires [C’est une caricature.]

Pascal Doucet-Bon : [D’accord. Ben voilà… Donc du coup, il le fait très bien, mais… voilà, mais du coup, je ne regrette pas de l’avoir cartonné.]

[Ces derniers temps, il y a une nouvelle mode à la télévision. C’est de parler comme ça…] « Dans le salon de coiffure de Frédérique, c’est le calme plat, pas un seul client… »

Pascal Doucet-Bon : [Alors ça a été spectaculaire, ça vraiment ça s’est répandu comme une trainée de poudre.]

« Dans ces magasins d’usine, les clients se bousculent pour faire des affaires. »

Pascal Doucet-Bon : [Pour faire des affaires ! Le problème, c’est qu’à la fin des phrases, il n’y a plus de point, tout est en l’air. Gérard fabrique des bouteilles en plastique et, il ne veut pas nous donner son salaire. On est toujours dans cet exemple de mimétisme ambiant où on pense que, heu, c’est comme ça qu’il faut parler, alors lui, il pense que ses chefs attendent ça de lui… ses chefs ne le détrompent, heu qu’à moitié… et c’est seulement que quand le mal est fait c’est-à-dire qu’il y a une généralisation de ce ton que là… y commence à avoir une action de remise en cause… et en général on passe plutôt … à laaa l’acquisition d’un nouveau défaut. Voilà. Une mode en chasse une autre.]

« La cause de tous ses tourments n’est pas à chercher bien loin, un nouveau concurrent s’est installé il y a quelques mois, juste en face de son salon. »

[Moi je sais pas si je bosserai encore un jour à la télé, mais j’espère… Peut-être pour ARTE. Maintenant j’ai aussi très envie de faire de la RADIO et puis au moins là je pourrai mettre des POINTS dans mes COMS.] « Même en vacances, cette alsacienne reste fidèle au blanc… »