Lecture audio : Le prénom « Qui va me demander pardon ? »

Le Prénom est une pièce de théâtre française écrite par les auteurs Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, et mise en scène par Bernard Murat. Elle a été représentée pour la première fois en 2010, au théâtre Édouard VII où elle a été jouée plus de 243 fois.

Extrait de la pièce de théâtre « Qui va me demander pardon » – Le Prénom – Réplique de Valérie Benguigui

Tu vois pas du tout de quoi je parle ? Y a rien qui te vient là ?

Ben je sais pas moi, tu pourrais par exemple reconnaître que j’ai quand même sacrifié ma thèse pour que tu puisses écrire la tienne.

Et pendant que Monsieur fréquentait Montaigne, qui corrigeait tes copies ? Qui préparait tes cours ?

C’est vrai qu’avec mon congé maternité j’avais du temps.

Ah… les enfants, et ben… tiens parlons-en des enfants. Qui m’a supplié d’en avoir parce que les enfants, y a rien de plus beaux ? Mais tu t’en occupes jamais.

Enfin, si si si, je suis vache, le dimanche soir parfois, ça te prend là, tu joues un quart d’heure avec eux, tu les énerves bien en faisant le fou là, houlouloulouloulou… juste avant qu’ils aillent se coucher !

Et après tu me les laisses sur les bras, surexcités, trempés de sueur avec les cartables à préparer, les histoires à raconter, les devoirs, les pipis, les cauchemars, et toi tu vas t’enfermer dans ton bureau parce que, bon, quand même, faut pas déconner, les chiards, ça va 5 minutes !

Ah ! Moi aussi, j’aimerais bien avoir le temps de lire une fois de temps en temps, et ben non, elle ne peut pas Babou ! Ben non, elle n’a pas le temps Babounette … Et pis à quoi ça me servirait ?

Tu ne m’as jamais emmené à un seul de tes colloques de toute façon, parce qu’en vérité ? Pierre, tu as un peu honte de moi aussi !

Avec mon p’tit poste, mon p’tit collège, ma p’tite banlieue, ça ne te fait pas briller hein ?

Cette épouse mal fagotée qui a quand même un gros cul de 25 kg en plus depuis la naissance du p’tit !

Alors qui va me demander pardon à moi ? Qui va me demander pardon ? Pas toi Pierre, manifestement.

Toi Claude, je n’te dis rien, parce que tu sais déjà tout. Même si l’inverse n’est pas vrai.

Bon toi Anna, euh pfff, j’te dis rien non plus parce que, de toute façon on n’a jamais eu grand-chose à se dire, hein ?

Et toi Vincent ? Tu vas me les dire enfin les mots que j’attends ? Tu vas reconnaître qu’on t’a tout passé depuis que tu es né ? Toi le fils à sa maman ? Le p’tit clown à son papa ? Qui avait le droit d’être nul à l’école. Qui avait le droit de sortir de table sans demander la permission. Qui avait le droit de répondre, de découcher, qui avait tous les droits.

Parce qu’il est tellement marrant Vincent ! Et puis c’est fou c’qu’il plait aux filles ! Mais c’est qu’ça doit être fatiguant d’être un p’tit playboy.

Oh ! Le chouchou ! Faudrait pas qu’il s’épuise en débarrassant la table ! Mais ta sœur va l’faire ! Mais ne t’inquiète pas mon gros
bébé ! Mais ça ne la dérange pas, elle aime ça même jouer la boniche. Ta godiche de sœur !

Ne t’inquiète pas mon p’tit Vincinou tu peux faire toutes les conneries que tu veux. On te pardonne d’avance. Alors Vincent ? ça fait tilt ? Oui ? Non ? Pas de pardon en perspective ?

Parfait ! C’est bien. On est tous pareil alors. On est dans le non pardon ce soir.

Alors moi je vais prendre mon aigreur, ma tristesse et ma rancune, et toutes les quatre on va aller s’coucher. En vous laissant la vaisselle pour une fois.

Pierre tu es sur le canapé, tu y restes. Si les enfants pleurent, c’est pour toi.

Moi j’vais prendre une boite de démestat et dormir pendant deux jours ! Allez tous vous faire foutre et bonne nuit !