Parler pour ne rien dire (Raymond Devos)

L’humour subtil de Raymon Devos aime se nourrir des ambiguïtés de la langue française. Comme l’illustre le sketch ci-après Parler pour ne rien dire (1979), son humour est universel ! Toujours d’actualités !

Parler pour ne rien dire

Mesdames et Messieurs, je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire.
Oh ! je sais ! Vous pensez : « S’il n’a rien◡à dire, il ferait mieux de se taire ! »
Évidemment ! Mais c’est trop facile ! … C’est trop facile !
Vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n’ont rien◡à dire et qui le gardent pour◡eux ?
Eh bien, non ! Mesdames et Messieurs, moi, lorsque je n’ai rien◡à dire, je veux qu’on le sache ! Je veux en faire profiter les◡autres !
Et si, vous-mêmes, Mesdames et Messieurs, vous n’avez rien◡à dire, eh bien, on◡en parle, on◡en discute !
Je ne suis pas ennemi du colloque.
Mais, me direz-vous, si on◡en parle pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler ?
Eh bien, de rien ! De rien !
Car rien … ce n’est pas rien !
La preuve, c’est qu’on peut le soustraire.
Exemple : Rien moins rien = moins que rien !
Si l’on peut trouver moins que rien, c’est que rien vaut déjà quelque chose !
On peut acheter quelque chose avec rien !
En le multipliant, Un fois rien … c’est rien…
Deux fois rien … ce n’est pas beaucoup !
Mais trois fois rien ! Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose… et pour pas cher !
Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien :
Rien multiplié par rien = rien.
Trois multiplié par trois = neuf.
Cela fait rien de neuf !
Oui … Ce n’est pas la peine d’en parler !
Bon ! Parlons d’autres choses ! Parlons de la situation, tenez !
Sans préciser laquelle !
Si vous le permettez, je vais faire brièvement l’historique de la situation, quelle qu’elle soit !
Il◡y a quelques mois, souvenez-vous la situation pour n’être pas pire que celle d’aujourd’hui n’en◡était pas meilleure non plus !
Déjà, nous◡allions vers la catastrophe et nous le savions …
Nous◡en étions conscients !
Car◡il ne faudrait pas croire que les responsables d’hier étaient plus◡ignorants de la situation que ne le sont ceux d’aujourd’hui !
Oui ! La catastrophe, nous le pensions, était pour demain !
C’est-à-dire qu’en fait elle devait◡être pour◡aujourd’hui !
Si mes calculs sont justes !
Or, que voyons-nous aujourd’hui ?
Qu’elle◡est toujours pour demain !
Alors, je vous pose la question, Mesdames et Messieurs :
Est-ce, en remettant toujours◡au lendemain la catastrophe, que nous pourrions faire le jour même que nous l’éviterons ?
D’ailleurs, je vous signale entre parenthèses que si le gouvernement actuel n’est pas capable d’assumer la catastrophe, il◡est possible que l’opposition s’en◡empare !

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