Le tréma ¨

Le tréma  « ¨ » désigne les deux petits points que l’on place au-dessus de certaines voyelles. Il se place sur la deuxième voyelle et sert à indiquer qu’il faut la prononcer séparément. Par exemple, le mot « maïs » se prononce [ma.is] et non mais [mɛ].

Naïf / La Jamaïque / Les Caraïbes / Thaïlande / Taïwan / Moïse / inouï / Noël / Joël / une coïncidence / archaïque / héroïne / thyroïde / stoïque / tabloïd / mosaïque / maïs …

Toutefois, pour les mots féminins suivants, le tréma est placé sur un e muet  :

Aigu (masculin) / aiguë (féminin) [e.gy]

Ambigu (masculin) ambiguë (féminin) [ɑ̃.bi.gy]

Contigu (masculin) / contiguë (féminin) [kɔ̃.ti.gy]

Exigu (masculin) / exiguë [ɛg.zi.gy]

Le mot féminin ciguë [si.gy] (plante herbacée toxique) :

La ciguë (Conium maculatum) est très toxique, elle a empoisonné Socrate en 399 avant J.-C. (source : Wikipédia)

Attention, le mot « monoï » ne se prononce pas [mɔ.nɔ.i] mais [mɔ.nɔj]. Idem pour les mots « thaï » [taj], « raï » [raj] (musique).

mots/verbes en -OYER

Tutoyer, Vouvoyer, Envoyer…

Tutoyer [ty.twa.je] (verbe) : On peut se tutoyer ? On se tutoie ? Puis-je te tutoyer ? (Se dire « tu »)
Le tutoiement

Vouvoyer [vu.vwa.je] (verbe) : Je préfère que l’on se vouvoie. (Se dire « vous »)
Le vouvoiement

Envoyer [ɑ̃.vwa.je] (verbe) : Je décide de t’envoyer un colis. Je t’envoie un colis. Nous t’envoyons un colis.
Un◡envoi

Aboyer [a.bwa.je] (verbe) : Le chien aboie.

Un◡aboiement

S’apitoyer [sa.pi.twa.je] (verbe): Arrête de t’apitoyer sur ton sort. (Se plaindre)
Un◡apitoiement

Un plaidoyer [plε.dwa.je] (nom) : Un plaidoyer en faveur des Droits de l’Homme (Défense orale ou écrite pour défendre une cause).
La plaidoirie : Défense orale de l’avocat.

Côtoyer [ko.twa.je] (verbe) : Je suis en contact avec lui, je le côtoie souvent.
Un côtoiement

Se noyer [nwa.je] (verbe) : Je me noie dans la paperasse ! (s’immerger)
Une noyade
Un noyer est◡aussi un grand◡arbre que l’on cultive pour ses noix.

Tournoyer [tur.nwa.je] (verbe, tourner sur soi-même) : Les feuilles tournoient au vent et tombent sur le sol.
Un tournoiement

Foudroyer [fu.drwa.je] (verbe) : On peut◡être foudroyé par◡une maladie mortelle ou foudroyé par la foudre (l’orage).
Un foudroiement

Festoyer [fɛs.twa.je] (verbe) : faire un festin de roi (bien manger). Festoyons pour mon◡anniversaire.
Un festin

Loyer [lwa.je] (nom) : Prix d’une chose immobilière. N’oubliez pas de payer votre loyer !
Une location, louer (verbe)

Enivrer : Prononciation et orthographe

Enivrer signifie rendre une personne ivre (par l’alcool). En d’autres termes, on peut être enivré d’alcool ou on peut aussi enivrer quelqu’un en le faisant boire. Toujours dans son sens propre, le verbe enivrer désigne également toutes substances, vapeurs ou fumées dont l’effet est le même que l’alcool.

Parlons maintenant de son sens figuré. Lorsque Colette écrit dans les Vrilles de la Vigne, La Baie de Somme, « La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue… », cela signifie simplement que le personnage du roman est exalté par sa lecture. Enivrer évoque les troubles ou sensations agréables dont on se remplit parfois. Ainsi, l’air marin peut enivrer, tout comme une musique ou n’importe quel son agréable.

Le verbe « enivrer » ne respecte pas la logique phonétique de la langue française. On a vu pendant les cours de phonétique que la combinaison « EN » faisait le son [ɑ̃] lorsqu’elle était suivie d’une consonne (Ex : ensemble [ɑ̃sɑ̃bl], enfant [ɑ̃fɑ̃]). On aurait donc la tentation de prononcer [enivre]. Il faudrait donc ajouter un « n » pour lever toutes les ambiguïtés : EN-NI-VRER. Littré a constaté l’incohérence de l’Académie française qui écrit énamourer maisenivrer.

La prononciation correcte est [ɑ̃nivre].

Enivrer… Enivrer… Enivrer…

Enfin pour terminer ce billet et mettre en pratique la prononciation de « enivrer », je vous propose de lire ou d’écouter le merveilleux poème de Baudelaire, tiré du Spleen de Paris, « Enivrez-vous ».

Enivrez-vous lu par VR

Enivrez-vous

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »