Liaisons et enchaînements vocaliques

Les liaisons et les enchaînements facilitent la prononciation des mots lorsque ceux-ci sont prononcés les uns à la suite des autres. Une bonne structure syllabique des mots a une influence sur le rythme de la phrase, qu’on appelle aussi prosodie. Pour vous entraîner, je vous propose de vous enregistrer sur les groupes de mots suivants… (Vous pouvez bien entendu m’envoyer les audios par email.)

Liaison avec -s ou -z prononcé [z] :

Une chose◡étrange
Une chose◡insensée
Une mauvaise◡habitude
Une mauvaise◡organisation
Chez◡eux
Sans◡argent
Dans◡un◡an       Liaison en-z puis en -n
Mais◡encore
De bas◡étage
Le tiers-◡état
De temps◡à autre
De temps◡en temps
De plus◡en plus
Qui mieux◡est
De mieux◡en mieux
Doux-◡amer

Liaison avec -r prononcé [r] :

Au premier◡étage
Un dernier◡essai

Liaisons supprimées par la présence d’un r

Pour les consonnes groupées à la fin de certains mots par des séquences -rc, -rs, -rt, -rd, l‘enchaînement se fait parfois avec le r même lorsqu’il est suivi d’une ou deux consonnes. 

Une « part à prendre » se prononcera [paraprendr’]
Le nord-ouest, le nord-est : [norouèst’], [norèst’]
Vers elle : [vèrèl]
Envers et contre tous : [envèrécontretous’]
A travers un champ : [atravèrunchan]
Deux heures et demie : [deuzeurédemi]

Ce fait est historique, la langue française évoluant constamment. Toutefois, le mot composé Tiers-État est toujours lié : [Tièrzéta].

La liaison n’est pas obligatoire avec -t dans fort aimable [forémabl’], fort habile [forabil’]. 

Liaison avec -n prononcé [n] :

Un bon◡élève
Le divin◡enfant
Bon◡appétit

Supprimer la nasalisation :  [bonélèv’] [divinenfant]

Liaison avec -f prononcé [v] :

Neuf◡ heures 

Liaison avec -t prononcé [t] :

Avant-◡hier
D’un bout◡à l’autre
De haut◡en bas
Tout◡au moins
Tout◡à fait
Tout◡au plus
Un accent◡aigu
Petit◡à petit
Un petit◡ins­tant
Un petit◡ami
Nuit◡et jour
Bout◡à bout
Mot◡à mot
Pot◡à eau
Pot-◡au-feu
Du tout◡au tout
José, comment◡osez-vous ?

Liaison avec -d prononcé [t] :

Un pied-à-terre
Grand◡ouvert
Un grand◡enfant
De fond◡en comble

Liaison avec -p prononcé [p] :

Trop◡aimable

« Si vous rencontrez quelqu’un qui ne sait plus sourire,
Soyez généreux donnez-lui le vôtre,
Car nul n’a autant besoin d’un sourire
Que celui qui ne peut◡en donner aux◡autres. »
Raoul Follereau (1903-1977)

« Je voudrais crier aux jeunes gens dévorés de l’envie de laisser un nom dans ce monde qu’il◡y a quelque chose de mieux que de voyager : c’est de ne rien faire. Il◡y a quelque chose de mieux que d’avoir des◡aventures : c’est d’en◡inventer. Il◡y a quelque chose de mieux que de s’agiter : c’est de s’ennuyer. » Jean d’Ormesson

 

Phonétique : les groupes consonantiques

Fable ou Histoire

Louis-Napoléon Bonaparte, à l’image de son oncle Napoléon Ier qui avait pris le pouvoir par la violence, a, par un coup d’État, usurpé le trône d’empereur. Dans son recueil poétique Les Châtiments, le poète, exilé par l’imposteur devenu Napoléon III, dénonce ses « crimes », ses exactions et son appétit de pouvoir. Ici, il le dépeint sous les traits d’un singe qui tente d’imiter son illustre prédécesseur…

Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d’une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.
Il avait endossé le droit d’être féroce.
Il se mit à grincer des dents, criant : « Je suis
Le vainqueur des halliers1, le roi sombre des nuits ! »
Il s’embusqua2, brigand des bois, dans les épines ;
Il entassa l’horreur, le meurtre, les rapines3,
Égorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu’avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre4, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il s’écriait, poussant d’affreux rugissements :
« Regardez, ma caverne est pleine d’ossements ;
Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,
Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre ! »
Les bêtes l’admiraient, et fuyaient à grands pas.
Un belluaire5 vint, le saisit dans ses bras,
Déchira cette peau comme on déchire un linge,
Mit à nu ce vainqueur, et dit : « Tu n’es qu’un singe ! »

Victor Hugo, Les Châtiments, III, 3, 1853.

1. Groupes de buissons serrés et touffus.
2. Se cacher pour pouvoir agresser.
3. Pillages.
4. Caverne, grotte servant de repaire à une bête fauve.
5. Gladiateur qui, dans l’Antiquité, combattait les bêtes féroces dans les amphithéâtres.

Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon en France, est un poète, romancier et dramaturge. Victor Hugo est sans conteste l’un des géants de la littérature française. Ses romans les plus connus sont entre autres « Notre-Dame de Paris » (1831) et »Les Misérables » (1862).

L’importance de la prononciation

On ne peut acquérir une langue vivante que si l’on maîtrise la prononciation des différents sons qui la composent. Cette compétence phonétique suppose un enseignement spécifique et aussi un entraînement pour aider l’apprenant à percevoir et produire les différentes unités sonores.

Pour améliorer sa prononciation et par conséquent sa production orale, l’apprenant doit s’intéresser aux activités de perception et d’entraînement articulatoire dont les supports sont multiples : textes littéraires, poésies, pièces de théâtre, contes, chansons…

Certains types de textes (poésies, chansons, pièces de théâtre…), par leur richesse culturelle, leur dimension esthétique ou encore leur force émotionnelle suscitent l’intérêt de l’apprenant et facilitent ainsi la mémorisation d’une bonne prononciation et d’une intonation conforme à la langue cible. Le choix des textes littéraires en fonction des sons/phénomènes phonétiques qu’ils contiennent est très important, car l’apprentissage de la langue doit être et doit rester un plaisir pour l’apprenant…