Archives de catégorie : Lecture

Les liaisons particulières

Liaisons avec un groupe de consonnes -r + consonne :

Nord-Est, Nord-Ouest…

-RD
– Nord-Est [nɔrεst] / Nord-Ouest [nɔrwεst]
– Nord-Africain [nɔrafrikε̃]
– Nord-Américain [nɔramerikε̃]
– Un lourd animal [œ̃luranimal]
– Sourd et muet [suremɥε]
– Un motard heureux (liaison facultative) [œ̃mɔtarɶrø]
– Un regard étonné (liaison facultative) [œ̃rəgaretɔne]

Mais on dira :
– Une lourde amende [ynlurdamɑ̃d]
– Sourde et muette [surdemɥεt]

Vers elle, cours avec lui…


-RS
– Vers elle [vεrεl]
– Cours avec lui. [kuravεklɥi]
– Pars avec elle. [paravεkεl]
– A travers une fenêtre [atravεrynfənεtr]
Toujours est-il que… [tuʒurεtilkə]
– Il est toujours à se plaindre. [ilεtuʒurasəplε̃dr]
– Je suis toujours en retard. [ʒəsɥituʒurɑ̃rətar]
– Nous trouverons toujours un moyen. [tuʒurœ̃mwajε̃]
– Il fait toujours aussi froid ! [tuʒurosifrwa]
– Je peux toujours en avoir besoin. [tuʒurɑ̃navwarbəzwε̃]
– Tu peux toujours essayer. [tuʒureseje]
– Ils n’ont pas été toujours aussi gentils. [tuʒurosiʒɑ̃ti]
Envers et contre tous ! [ɑ̃vεrekɔ̃trətus]
– Envers eux / elles [ɑ̃vεrø/εl]
– Cinq heures et demie [sε̃kœredmi]

Mais on dira :
– Le TiersEtat [tjεrzeta]

Vert amande, vert anis…

-RT
– Vert amande [vεramɑ̃d] / Vert anis [vεrani]
À part entière [aparɑ̃tjεr]
– Prendre part à quelque chose [parakεlkəʃoz]   
De part en part [dəparɑ̃par]
– Un court instant [œ̃kurε̃stɑ̃]
– Un départ annoncé (liaison facultative) [deparanɔ̃se]
– Ouvert ou fermé ? [uvεrufεrme] 
– On part avec eux. [ɔ̃paravεkø]
– Mort en direct [mɔrɑ̃dirεkt]
– Elle sort avec ses amis. [εlsɔravεksezami]
– Donner tort à quelqu’un. [tɔrakεlkœ̃]
À tort ou à raison [tɔruarεzɔ̃]
À tort et à travers [tɔreatravεr]

Mais on dira :
– Une courte expérience [ynkurtεksperjɑ̃] / une courte attente
[ynkurtatɑ̃t]
– Sort-elle souvent ? [sɔrtεl]
– Part-il tôt le matin ? [partil]
– Court-on vite ou lentement ? [kurtɔ̃]
– Un arc-en-ciel [arkɑ̃sjεl]
– Un porc-épic [pɔrkepik] (pluriel porcs-épics)
De part et d’autre [dəpartedotr]   

Le blanc Dindon de Ionesco

Le blanc dindon de Ionesco

Jean : Dans la basse-cour, depuis dimanche, le blanc dindon dont ta tante et toi vous me fîtes don, lundi dernier, fait la cour à la dinde blanche de mon cousin fils d’oncle Aron.

Gaston : Ce n’était pourtant pas un lundi, mais bien un vendredi que moi, Gaston, ton cousin, je te fis don d’un blanc dindon dont tu m’apprends qu’il fait la cour, dans la basse-cour, à la blanche dinde dont te fit don l’autre cousin, fils d’oncle Aron, mari de la tante Angèle que tant tu aimes.

Jean : Gaston !

Gaston : Hein ?

Jean : Gaston, entends-tu, ne trouves-tu pas que cette conversation pour apprendre à prononcer le son « on », le son « an », le son « in », à l’air con ?

Gaston : Jean, tu as raison. Abstenons-nous en donc. Quand nous reverrons-nous ?

Jean : un de ces lundis !

Conte de noël – La chèvre de Monsieur Seguin

Lorsque « Les Lettres de mon Moulin » paraissent en 1866, Alphonse Daudet reçoit un très beau compliment de Frédéric Mistral (poète provençal) : « Vous avez su écrire le provençal en Français… ! »

En 1954, Fernandel – le plus provençal des acteurs français – enregistre ces lettres. Sa voix tendre, profonde et juste, est parfaite pour la lecture de ces contes.

L’extrait proposé « La chèvre de Monsieur Seguin » est un classique qui a traversé l’enfance de beaucoup de Français. Le conte faussement naïf reprend des thèmes chers à l’auteur : la liberté, l’amour de son prochain, la cupidité punie et l’honneur…

J’aime réécouter cette belle histoire tendre et plein d’humanité… Fermez les yeux et laissez-vous guider par cette belle voix qui chante la Provence… un peu de soleil en ce novembre gris et froid.

Attention cette histoire pourrait effrayer les tout-petits… !

 

Lire l’histoire en cours de français…

La chèvre de M. Seguin pdf

Monsieur Seguin n’avait jamaiseu de bonheur avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon ; un beau matin, elles cassaient leur corde, s’en◡allaient dans la montagne, et là-haut le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien ne les retenait. C’étaient, paraît-il, des chèvres indépendantes, voulant◡à tout prix le grand◡air et la liberté. Le brave M. Seguin, qui ne comprenait rien au caractère de ses bêtes, était consterné.
Il disait : « C’est fini ; les chèvres s’ennuient chez moi, je n’en garderai pas◡une. »
Cependant, il ne se découragea pas, et, après◡avoir perdu six chèvres de la même manière, il◡en acheta une septième. Seulement, cette fois, il◡eut soin de la prendre toute jeune, pour qu’elle s’habituât mieux à demeurer chez lui. Ah ! qu’elle◡était jolie la petite chèvre de M. Seguin ! qu’elle◡était jolie avec ses◡yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande ! C’était presque aussi charmant que le cabri d’Esméralda – et puis, docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l’écuelle. Un◡amour de petite chèvre... Monsieur Seguin avait derrière sa maison un clos entouré d’aubépines. C’est là qu’il mit la nouvelle pensionnaire. Il l’attacha à un pieu au plus bel◡endroit du pré, en◡ayant soin de lui laisser beaucoup de corde, et de temps◡en temps il venait voir si elle◡était bien. La chèvre se trouvait très◡heureuse et broutait l’herbe de si bon cœur que M. Seguin était ravi.
« Enfin, pensait le pauvre◡homme, en voilà une qui ne s’ennuiera pas chez moi ! »
M. Seguin se trompait, sa chèvre s’ennuya. Un jour, elle se dit en regardant la montagne :
« Comme◡on doit◡être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous◡écorche le cou !... C’est bon pour l’âne ou le bœuf de brouter dans◡un clos !... Les chèvres, il leur faut du large. »
À partir de ce moment, l’herbe du clos lui parut fade. L’ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit rare. C’était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la montagne, la narine ouverte, en faisant Mé !... tristement. M. Seguin s’apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c’était... Un matin, comme il◡achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois :
« Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.
– Ah ! mon Dieu !... Elle◡aussi ! » cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son◡écuelle ; puis, s’asseyant dans l’herbe à côté de sa chèvre :
« Comment, Blanquette, tu veux me quitter ! »
Et Blanquette répondit : « Oui, monsieur Seguin.
– Est-ce que l’herbe te manque ici ?
– Oh ! non, monsieur Seguin.
– Tu es peut-être attachée de trop court. Veux-tu que j’allonge la corde ?
– Ce n’est pas la peine, monsieur Seguin.
– Alors, qu’est-ce qu’il te faut ? qu’est-ce que tu veux ?
– Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.
– Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu’il◡y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand◡il viendra ?
– Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.
– Le loup se moque bien de tes cornes. Il m’a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était◡ici l’an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme◡un bouc. Elle s’est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup l’a mangée.
– Pécaïre ! Pauvre Renaude !... Ça ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller dans la montagne.
– Bonté divine !... dit M. Seguin ; mais qu’est-ce qu’on leur fait donc à mes chèvres ? Encore◡une que le loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine ! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t’enfermer dans l’étable, et tu y resteras toujours. »
Là-dessus, M. Seguin emporte la chèvre dans◡une étable toute noire, dont◡il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il◡avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos tourné, que la petite s’en◡alla... Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut◡un ravissement général. Jamais les vieux sapins n’avaient rien vu d’aussi joli. On la reçut comme◡une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu’à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d’or s’ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu’ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête. Pensez, si notre chèvre était◡heureuse ! Plus de corde, plus de pieu... rien qui l’empêchât de gambader, de brouter à sa guise... C’est là qu’il◡y en◡avait de l’herbe ! jusque par-dessus les cornes, Pécaïre ! Et quelle herbe ! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes... C’était bien autre chose que le gazon du clos. Et les fleurs donc !... De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute◡une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux ! ... La chèvre blanche, à moitié saoule, se vautrait là-dedans les jambes en l’air et roulait le long des talus, pêle-mêle, avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout◡à coup, elle se redressait d’un bond sur ses pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en◡avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur◡un pic, tantôt au fond d’un ravin, là-haut, en bas, partout... On◡aurait dit qu’il◡y avait dix chèvres de M. Seguin dans la montagne. C’est qu’elle n’avait peur de rien, la Blanquette. Elle franchissait d’un saut de grands torrents qui l’éclaboussaient au passage de poussière humide et d’écume. Alors, toute ruisselante, elle◡allait s’étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher par le soleil... Une fois, s’avançant au bord d’un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle◡aperçut en bas, tout◡en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire◡aux larmes.
« Que c’est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ? »
Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde... En somme, ce fut◡une bonne journée pour la chèvre de M. Seguin. Vers le milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans◡un groupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents. Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très galants... Il paraît même qu’un jeune chamois à pelage noir eut la bonne fortune de plaire à Blanquette. Les deux◡amoureux s’égarèrent parmi le bois une◡heure◡ou deux, et si tu veux savoir ce qu’ils dirent, va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles dans la mousse. Tout◡à coup, le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c’était le soir...
« Déjà ! » dit la petite chèvre, et elle s’arrêta fort◡étonnée.
En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec◡un peu de fumée. Elle◡écouta les clochettes d’un troupeau qu’on ramenait, et se sentit l’âme toute triste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses◡ailes en passant. Elle tressaillit... Puis ce fut◡un hurlement dans la montagne: « Hou ! hou ! » Elle pensa au loup, de tout le jour la folle n’y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C’était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier◡effort.
« Hou ! hou !... faisait le loup.
– Reviens ! reviens ! ... », criait la trompe.
Blanquette eut◡envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu’il valait mieux rester. La trompe ne sonnait plus... La chèvre entendit derrière◡elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l’ombre deux◡oreilles courtes, toutes droites, avec deux◡yeux qui reluisaient... C’était le loup. Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il◡était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par◡avance. Comme◡il savait bien qu’il la mangerait, le loup ne se pressait pas. Seulement, quand◡elle se retourna, il se mit◡à rire méchamment.
« Ha ! ha ! la petite chèvre de M. Seguin » ; et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d’amadou. Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l’histoire de la vieille Renaude, qui s’était battue toute la nuit pour◡être mangée le matin, elle se dit qu’il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite ; mais, s’étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en◡avant, comme◡une brave chèvre de M. Seguin qu’elle◡était... Non pas qu’elle◡eût l’espoir de tuer le loup – les chèvres ne tuent pas le loup – mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude. Alors le monstre s’avança, et les petites cornes entrèrent en danse. Ah ! la brave petite chevrette, comme◡elle◡y allait de bon cœur ! Plus de dix fois, elle força le loup à reculer pour reprendre◡haleine. Pendant ces trêves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore◡un brin de sa chère◡herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps◡en temps, la chèvre de M. Seguin regardait les◡étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait:
« Oh ! pourvu que je tienne jusqu’à l’aube... »
L’une◡après l’autre, les◡étoiles s’éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents... Une lueur pâle parut dans l’horizon... Le chant du coq enroué monta d’une métairie. « Enfin ! » dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s’allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang... Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.

La lecture à haute voix vue par Daniel Pennac

« Étrange disparition que celle de la lecture à voix haute. Qu’est-ce que Dostoïevski aurait pensé de ça ? Et Flaubert ? Plus le droit de se mettre les mots en bouche avant de se les fourrer dans la tête ? Plus d’oreille ? Plus de musique ? Plus de salive ? Plus de goût, les mots ? Et puis quoi, encore ! […] Est-ce qu’il [Flaubert] n’est pas définitivement mieux placé que quiconque pour savoir que l’intelligence du texte passe par le son des mots d’où fuse tout leur sens ? Est-ce qu’il ne sait pas comme personne, lui qui a tant bagarré contre la musique intempestive des syllabes, la tyrannie des cadences, que le sens, ça se prononce ? Quoi ? des textes muets pour de purs esprits ? À moi, Rabelais ! À moi, Flaubert ! Dosto ! Kafka ! Dickens, à moi ! Gigantesques brailleurs de sens, ici tout de suite ! Venez souffler dans nos livres ! Nos mots ont besoin de corps ! Nos livres ont besoin de vie !

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est image-3.png.
Daniel Pennac


Il est vrai que c’est confortable, le silence du texte… on n’y risque pas la mort de Dickens, emporté après une de ses harassantes lectures publiques… le texte et soi… tous ces mots muselés dans la douillette cuisine de notre intelligence… comme on se sent quelqu’un en ce silencieux tricotage de nos commentaires ! … et puis, à juger le livre à part soi on ne court pas le risque d’être jugé par lui… c’est que, dès que la voix s’en mêle, le livre en dit long sur son lecteur… le livre dit tout.

L’homme qui lit de vive voix s’expose absolument. S’il ne sait pas ce qu’il lit, il est ignorant dans ses mots, c’est une misère, et cela s’entend. S’il refuse d’habiter sa lecture, les mots restent lettres mortes, et cela se sent. S’il gorge le texte de sa présence, l’auteur se rétracte, c’est un numéro de cirque, et cela se voit. L’homme qui lit de vive voix s’expose absolument aux yeux qui l’écoutent.

S’il lit vraiment, s’il y met son savoir en maîtrisant son plaisir, si sa lecture est acte de sympathie pour l’auditoire comme pour le texte et son auteur, s’il parvient à faire entendre la nécessité d’écrire en réveillant nos plus obscurs besoins de comprendre, alors les livres s’ouvrent grand, et la foule de ceux qui se croyaient exclus de la lecture s’y engouffre derrière lui. »

Daniel Pennac, Comme un roman (1992),
Gallimard, collection « Folio », no 2724, p. 195-196

Enivrer : Prononciation et orthographe

Enivrer signifie rendre une personne ivre (par l’alcool). En d’autres termes, on peut être enivré d’alcool ou on peut aussi enivrer quelqu’un en le faisant boire. Toujours dans son sens propre, le verbe enivrer désigne également toutes substances, vapeurs ou fumées dont l’effet est le même que l’alcool.

Parlons maintenant de son sens figuré. Lorsque Colette écrit dans les Vrilles de la Vigne, La Baie de Somme, « La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue… », cela signifie simplement que le personnage du roman est exalté par sa lecture. Enivrer évoque les troubles ou sensations agréables dont on se remplit parfois. Ainsi, l’air marin peut enivrer, tout comme une musique ou n’importe quel son agréable.

Le verbe « enivrer » ne respecte pas la logique phonétique de la langue française. On a vu pendant les cours de phonétique que la combinaison « EN » faisait le son [ɑ̃] lorsqu’elle était suivie d’une consonne (Ex : ensemble [ɑ̃sɑ̃bl], enfant [ɑ̃fɑ̃]). On aurait donc la tentation de prononcer [enivre]. Il faudrait donc ajouter un « n » pour lever toutes les ambiguïtés : EN-NI-VRER. Littré a constaté l’incohérence de l’Académie française qui écrit énamourer maisenivrer.

La prononciation correcte est [ɑ̃nivre].

Enivrer… Enivrer… Enivrer…

Enfin pour terminer ce billet et mettre en pratique la prononciation de « enivrer », je vous propose de lire ou d’écouter le merveilleux poème de Baudelaire, tiré du Spleen de Paris, « Enivrez-vous ».

Enivrez-vous lu par VR

Enivrez-vous

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Les feuilles mortes

Jacques Prévert parle avec nostalgie et mélancolie d’un amour perdu. Ce poème, écrit en 1945, a été repris en musique par différents artistes : Dalida, Grace Jones, Juliette Gréco, Iggy Pop, Lambert Wilson, Franck Sinitra… « Les Feuilles mortes » est interprétée par Yves Montand en 1949. Qui n’a jamais fredonné cette chanson culte ?

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes [suvjεn],
Des jours◡heureux [z-ɶrø] quand nous◡étions◡amis,
En ce temps-là, la vie était plus belle [bεl],
Et le soleil [sɔlεj] plus brûlant qu’aujourd’hui [k-oʒurdɥi].

Les feuilles [fɶj] mortes se ramassent◡à la pelle [pεl],
Tu vois je n’ai pas◡oublié.
Les feuilles mortes se ramassent◡à la pelle,
Les souvenirs [suv(ə)nir] et les regrets [rəgrε]◡aussi.

Et le vent [vɑ̃] du nord [nɔr] les◡emporte [z-ɑ̃pɔrtə],
Dans la nuit froide de l’oubli.
Tu vois, je n’ai pas◡oublié [zublije],
La chanson [ʃɑ̃sɔ̃] que tu me chantais.

C’est◡une chanson, qui nous ressemble [rəsɑ̃blə],
Toi tu m’aimais et je t’aimais.
Nous vivions tous les deux◡ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement [dus(ə)mɑ̃], sans faire de bruit [brɥi].
Et la mer efface sur le sable,
Les pas des◡amants désunis [dezyni].

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement [dus(ə)mɑ̃], sans faire de bruit [brɥi].
Et la mer efface sur le sable,
Les pas des◡amants désunis [dezyni].

Version originale : Yves Montand

Version jazz : Iggy Pop

Paris : noms des stations de métro

Denfert Rochereau, Barbès Rochechouart, Bir Hakeim, Richelieu Drouot, Ranelagh,  Faidherbe  Chaligny,  Ourcq…  Si la lecture de ces noms vous donnent la chair de poule, je vous conseille alors d’écouter les audios ci-dessous et de répéter après moi : Dans fer Roche Rot, Bar baisse Rocheux Choir… 😉

Abbesses
Adolphe Chérioux
Alésia
Alexandre Dumas
Alma – Marceau
Anatole France
Anvers Sacré-Cœur
Argentine
Arts et Métiers
Asnières – Gennevilliers Les Courtilles
Assemblée nationale
Aubervilliers – Pantin – Quatre Chemins
Avenue Émile-Zola
Avron

Balard
Barbès – Rochechouart
Basilique de Saint-Denis Hôtel de Ville
Bastille
Bel-Air
Belleville
Bérault
Bercy
Bibliothèque François-Mitterrand
Billancourt
Bir-Hakeim
Blanche
Bobigny – Pablo Picasso Préfecture – Hôtel du Département
Bobigny – Pantin – Raymond Queneau
Boissière
Bolivar
Bonne-Nouvelle
Botzaris
Boucicaut
Boulogne – Jean Jaurès Boulogne-Billancourt
Boulogne – Pont de Saint-Cloud
Bourse
Bréguet – Sabin
Brochant
Butte Montmartre
Buttes Chaumont
Buzenval

Cadet
Cambronne
Campo-Formio
Cardinal Lemoine
Carrefour Pleyel
Censier – Daubenton
Champs-Élysées – Clemenceau Grand Palais
Chardon-Lagache
Charenton – Écoles Place Aristide Briand
Charles de Gaulle – Étoile
Charles Michels
Charonne
Château de Vincennes
Château d’Eau
Château Rouge
Château-Landon
Châtelet
Châtillon-Montrouge
Chaussée d’Antin – La Fayette
Chemin Vert
Chevaleret
Cité
Cluny – La Sorbonne
Colonel Fabien
Commerce
Concorde
Convention
Corentin Cariou
Corentin Celton
Corvisart
Cour Saint-Émilion
Courcelles
Couronnes
Courteline
Créteil
Crimée
Croix de Chavaux
Danube
Daumesnil
Denfert-Rochereau
Dugommier
Dupleix
Duroc

École Militaire
École vétérinaire de Maisons-Alfort
Edgar Quinet
Église d’Auteuil
Église de Pantin
Esplanade de La Défense
Étienne Marcel
Europe
Exelmans 

Faidherbe – Chaligny
Falguière
Félix Éboué
Félix Faure
Filles du Calvaire
Fort d’Aubervilliers
Franklin D. Roosevelt

Gabribaldi
Gabriel Péri
Gaité
Gallieni Parc de Bagnolet
Gambetta
Gare d’Austerlitz
Gare de l’Est
Gare de Lyon
Gare du Nord
George V
Glacière
Goncourt Hôpital Saint-Louis
Grands Boulevards
Guy Môquet
Havre – Caumartin
Hoche
Hôtel de Ville
Iéna
Invalides
Jacques Bonsergent
Jasmin
Jaurès
Javel – André Citroën
Jourdain
Jules Joffrin
Jussieu

Kléber
La Chapelle
La Courneuve – 8 Mai 1945
La Défense Grande Arche
La Fourche
La Motte-Picquet – Grenelle
La Muette
La Tour-Maubourg
Lamarck – Caulaincourt
Laumière
Le Kremlin-Bicêtre
Le Peletier
Ledru-Rollin
Léon Blum
Les Agnettes
Les Gobelins
Les Halles
Les Sablons Jardin d’Acclimatation
Liberté
Liège
Louis Blanc
Louise Michel
Lourmel
Louvre – Rivoli

Mabillon
Madeleine
Mairie de Clichy
Mairie de Montreuil
Mairie de Montrouge
Mairie de Saint-Ouen
Mairie des Lilas
Mairie d’Issy
Mairie d’Ivry
Maison Blanche
Maisons-Alfort
Malakoff
Malesherbes
Maraîchers
Marcadet – Poissonniers
Marcel Sembat
Marx Dormoy
Maubert – Mutualité
Ménilmontant
Michel Bizot
Michel-Ange – Auteuil
Mirabeau
Miromesnil
Monceau
Montgallet
Montparnasse – Bienvenüe
Mouton-Duvernet
Musée d’Orsay
Nation Place des Antilles
Nationale
Notre-Dame-de-Lorette
Notre-Dame-des-Champs
Oberkampf
Odéon
Olympiades
Opéra
Ourcq

Palais Royal – Musée du Louvre
Parc de la Villette
Parmentier
Passy
Pasteur
Pelleport
Père Lachaise
Pereire
Pernety
Philippe Auguste
Picpus
Pierre et Marie Curie
Pigalle
Place de Clichy
Place des Fêtes
Place d’Italie
Place Monge Jardin des Plantes – Arènes de Lutèce
Plaisance
Poissonnière
Pont de Levallois – Bécon
Pont de Neuilly
Pont de Sèvres
Pont Neuf
Pont-Marie Cité des Arts
Porte Dauphine
Porte d’Auteuil
Porte de Bagnolet
Porte de Champerret
Porte de Charenton
Porte de Choisy
Porte de Clichy
Porte de Clignancourt
Porte de la Chapelle
Porte de la Villette
Porte de Montreuil
Porte de Pantin
Porte de Saint-Cloud Parc des Princes
Porte de Saint-Ouen
Porte de Vanves
Porte de Versailles Parc des Expositions de Paris
Porte de Vincennes
Porte des Lilas
Porte d’Italie
Porte d’Ivry
Porte Dorée
Porte d’Orléans
Porte Maillot
Pré Saint-Gervais
Pyramides
Pyrénées
Quai de la Gare
Quai de la Rapée
Quatre-Septembre         

Rambuteau Centre Georges Pompidou
Ranelagh
Raspail
Réaumur – Sébastopol
Rennes
République
Reuilly – Diderot
Richard-Lenoir
Richelieu – Drouot
Riquet
Robespierre
Rome
Rue de la Pompe Avenue Georges Mandel
Rue des Boulets
Rue du Bac
Rue Saint-Maur
Saint-Ambroise
Saint-Augustin
Saint-Denis – Aubervilliers Front Populaire
Saint-Denis – Porte de Paris Stade de France
Saint-Denis Université
Saint-Fargeau
Saint-François Xavier
Saint-Georges
Saint-Germain-des-Prés
Saint-Jacques
Saint-Lazare
Saint-Mandé
Saint-Marcel
Saint-Michel
Saint-Paul Le Marais
Saint-Philippe du Roule
Saint-Placide
Saint-Sébastien – Froissart
Saint-Sulpice
Ségur
Sentier
Sèvres – Babylone
Sèvres – Lecourbe
Simplon
Solférino
Stalingrad
Strasbourg – Saint-Denis
Sully-Morland

Télégraphe
Temple
Ternes
Tolbiac
Tour Eiffel
Trinité – d’Estienne d’Orves
Trocadéro
Tuileries
Vaneau
Varenne
Vaugirard
Vavin
Victor Hugo
Villejuif – Léo Lagrange
Villejuif – Louis Aragon
Villiers
Volontaires
Voltaire
Wagram

Les 10 stations de métro où personne ne va… Même Lorànt Deutsch n’ose pas y aller.

 

Madeleine Ley

Madeleine Ley est une poétesse d’origine belge née à Anvers en 1901 et morte en 1981. Pour en savoir plus, consultez le site du Service du livre belge.

« Odelette » est  extrait du recueil Petites voix (1930).

Odelette

Araignée grise,
Araignée d’argent,
ton◡échelle exquise
tremble sous le vent.

 Toile d’araignée
– émerveillement –
lourde de rosée
dans le matin blanc !

Ouvrage subtil
qui frissonne et ploie,
ô maison de fil,
escalier de soie !

Araignée grise,
Araignée d’argent,
ton◡échelle exquise
tremble dans le vent.

V comme Vendetta

Le discours prononcé par V dans le film « V pour Vendetta » montre un magnifique exemple d’allitération en V (j’en conte 58 !).

Voilà ! Vois en moi l’image d’un humble vétéran de vaudeville. Distribué vicieusement dans les rôles de victime et de vilain par les vicissitudes de la vie. Ce visage, plus qu’un vil vernis de vanité est un vestige de la vox populi aujourd’hui vacante, évanouie. Cependant cette vaillante visite d’une vexation passée se retrouve vivifiée et a fait vœu de vaincre cette vénale et virulente vermine vantant le vice et versant dans la vicieusement violente et vorace violation de la volition ! [il trace un V sur une affiche] Un seul verdict : la vengeance. Une vendetta telle une offrande votive mais pas en vain. Car sa valeur et sa véracité viendront un jour faire valoir le vigilant et le vertueux. [il rit] En vérité ce velouté de verbiage vire vraiment au verbeux alors laisse-moi simplement ajouter que c’est un véritable honneur que de te rencontrer. Appelle-moi V.

Lire un texte à haute voix

La lecture à haute voix est un exercice que je recommande à toutes les personnes qui souhaitent s’exprimer clairement en français.

En lisant à voix haute, on apprend à bien positionner sa langue et ses lèvres, mais aussi à identifier les sons et à comprendre le sens des mots. En apprenant à bien articuler, on améliore sa diction.

En lisant à voix haute, on s’ouvre à l’autre (l’auditeur), et l’on redécouvre le plaisir de la lecture et du partage. La lecture à haute voix met les sens en éveil et demande de l’attention, un effort de concentration et une bonne respiration. En lisant dans sa « tête », l’apprenti lecteur laisse parfois passer des erreurs de lecture, d’où l’intérêt de lire à voix haute pour les corriger.

Lire à voix haute des textes choisis est une expérience enrichissante qui permet de découvrir des auteurs et de beaux textes. Si l’exercice nécessite de la patience pour les débutants, le chemin parcouru reste une expérience unique où chacun découvre le plaisir de rendre un texte intelligible, en maîtrisant des phrases fleuves, en respectant la ponctuation, la musicalité et le sens du texte.