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Enivrer : Prononciation et orthographe

Enivrer signifie rendre une personne ivre (par l’alcool). En d’autres termes, on peut être enivré d’alcool ou on peut aussi enivrer quelqu’un en le faisant boire. Toujours dans son sens propre, le verbe enivrer désigne également toutes substances, vapeurs ou fumées dont l’effet est le même que l’alcool.

Parlons maintenant de son sens figuré. Lorsque Colette écrit dans les Vrilles de la Vigne, La Baie de Somme, « La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue… », cela signifie simplement que le personnage du roman est exalté par sa lecture. Enivrer évoque les troubles ou sensations agréables dont on se remplit parfois. Ainsi, l’air marin peut enivrer, tout comme une musique ou n’importe quel son agréable.

Le verbe « enivrer » ne respecte pas la logique phonétique de la langue française. On a vu pendant les cours de phonétique que la combinaison « EN » faisait le son [ɑ̃] lorsqu’elle était suivie d’une consonne (Ex : ensemble [ɑ̃sɑ̃bl], enfant [ɑ̃fɑ̃]). On aurait donc la tentation de prononcer [enivre]. Il faudrait donc ajouter un « n » pour lever toutes les ambiguïtés : EN-NI-VRER. Littré a constaté l’incohérence de l’Académie française qui écrit énamourer maisenivrer.

La prononciation correcte est [ɑ̃nivre].

Enivrer… Enivrer… Enivrer…

Enfin pour terminer ce billet et mettre en pratique la prononciation de « enivrer », je vous propose de lire ou d’écouter le merveilleux poème de Baudelaire, tiré du Spleen de Paris, « Enivrez-vous ».

Enivrez-vous lu par VR

Enivrez-vous

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Révision d’été 2019

Un œil, des yeux, un œuf…

Un◡œil [œ̃-n-ɶj]

Des◡yeux [de-z-jø]

Un◡œuf [œ̃-n-ɶf]

Des◡œufs [de-z-ø]

Un◡os [œ̃-n-ɔs]

Des◡os [de-z-o]

Un ciel [œ̃-sjεl]

Des cieux [de-sjø]

Un cheval [œ̃-ʃ(ə)val]

Des chevaux [de-ʃ(ə)vo]

Un cheveu [œ̃-ʃ(ə)vø]

Des cheveux [de-ʃ(ə)vø]

L’humour [lymur]

L’humeur [lymɶr]

Un héros [‘ero]

Heureux [ɶrø], heureuse [ɶrøz]

Peureux [pɶrø], peureuse [pɶrøz]

Jeune [ʒɶn]

Jaune [ʒon]

Gens [ʒɑ̃]

Gène [ʒεn]

Une femme [yn-fam]

Une faim [yn-fε̃]

Solennel [sɔlanεl]

Une couenne (de porc) [yn-kwan]

La moelle [la-mwal]

Une poêle [yn-pwal]

Un poil, des poils [œ̃-pwal], [de-pwal]

De l’ail [də-laj]

Des aulx (de-z-o]

Un vœu / des vœux [vø]

Un veau [vo]

Un croc [kro]

Un creux [krø]

Molle (féminin de mou) [mɔl]

Une meule [møl]

Prochain / prochaine [prɔʃε̃ / prɔʃεn]

Lointain / lointaine [lwε̃tε̃ / lwε̃tεn]

Mondain / mondaine [mɔ̃dε̃ / mɔ̃dεn]

Contemporain / contemporaine [kɔ̃tɑ̃pɔrε̃ / kɔ̃tɑ̃pɔrεn]

Une ruse [ryz]

Une Russe [rys]

Un cousin [kuzε̃]

Un coussin [kusε̃]

Une cousine [kuzin]

Un poison [pwazɔ̃]

Un poisson [pwasɔ̃]

Un bureau [byro]

Un bourreau [buro]

Deux [dø]

Doux [du]

Douze [duz]

Deux◡ans / douze◡ans [døzɑ̃] / [duzɑ̃]

Afin [afε̃]

Enfin [ɑ̃fε̃]

Enfant [ɑ̃fɑ̃]

é fermé versus è ouvert

Entendez-vous la différence ?
Son [e]Son [ε]
aller / (une) allée[ale](j’/tu) allais
(il/elle) allait
[alε]
(bouche) bée[be](une) baie[bε]
(un) été [ete](j’/tu) étais / (il/elle) était[etε]
(une) fée[fe](je/tu) fais / (il/elle) fait[fε]
(une) clé / clef[kle)(une) claie[klε]
(Il/elle) crée[kre](une) craie[krε]
(une) entrée [ɑ̃tre](j’/tu) entrais /(elle/il) entrait [ɑ̃trε]
(un) [le]laid / lait[lε]
mes[me](un) mets / mais[mε]
né / née / nez[ne](je/tu) nais / (il/elle) naît[nε]
(un) pré[pre](un) prêt / près (de)[prε]
(un) rez-de-chaussée[re](une) raie[rε]
(un) thé / tes[te](une) taie[tε]
(une) vallée [vale](un) valet[valε]

Pour en savoir plus, cliquez sur :

Tout savoir sur le son [e]
Tout savoir sur le è ouvert

Tout savoir sur -ai

Je dirai, aisément, mai, il faisait…

ai[e] / [ε]Je dirai[dire]
Aisément[ezemɑ̃]
Mai[mε]
[ə] / [ε]Il faisait[fəzε]
[ai]Maïs[mais]
Haïr[‘air]
Naïvement[naivmɑ̃]e muet
aie[ε]Une craie[krε]e muet
Une taie[tε]e muet

Elle paiera[pεra]e muet
aïe [aj]e muet
aid[ε]Laid / Laide[lε / lεd]d muet au masculin
ail[aj]Le travail[travaj]
Le corail[kɔraj]
De l’ail[laj]
aille[aj]La maille[maj]
Une bataille[bataj]
aim[ε̃]La faim[fε̃]
Un daim[dε̃]
aime[ε]Tu aimes[εm]es muet
ain[ε̃]Une main[mε̃]
Prochain[prɔʃε̃]
aine[ε]Une fontaine[fɔ̃tεn]
Prochaine[prɔʃεn]
air[ε]L’air[lεr]
La chair[ʃεr]
aire[ε]Une secrétaire[səkretεr]
Un notaire [nɔtεr]
ais[ε]Un palais [palε]s muet
Mais[mε]s muet
Je voudrais[vudrε]s muet
aise[ε]être à l’aise[εz]son z
Mauvaise[movεz]son z
ait[ε]Du lait[lε]t muet
Elle voulait[vulε]t muet
aix[ε]La paix[pε]x muet
Aix (ville)[εks]son ks

Ce qui, ce que, ce dont

Les pronoms relatifs remplacent la chose qui (ce qui)la chose que (ce que) ou la chose dont (ce dont).

Je ne comprends qu’est-ce qui se passe.
Je ne comprends pas ce qui se passe.
(Je ne comprends pas la chose qui se passe.)
Comprendre quelqu’un ou quelque chose

Je ne sais pas qu’est-ce que tu fais.
Je ne sais pas ce que tu fais.
(Je ne sais pas la chose que tu fais.)
Savoir quelque chose

Tu me racontes qu’est-ce que tu te souviens.
Tu me racontes ce dont tu te souviens.
(Tu me racontes la chose dont tu te souviens.)
Se souvenir de quelque chose / quelqu’un

Des vacances, c’est qu’est-ce que j’ai besoin.
De vacances, c’est ce dont j’ai besoin.
(De vacances, c’est la chose dont j’ai besoin.)
Avoir besoin de quelque chose / quelqu’un

Une vie pleine de joie, c’est ce dont je rêve.
(Une vie pleine de joie, c’est la chose dont je rêve.)
Rêver de quelque chose / quelqu’un

Les sons [y] et [u]

Bu, boue, du, doux…
Bu Boue
Du Doux
Fût Fou
Lu Loup
Mou
Pu Poux
Jus Joue
Rue Roue
Su Sous
Tu Tout
Vu Vous
Flux Flou
Une mule, une moule, un pull, une poule, une bulle, une boule…
Une muleUne moule
Un pullUne poule
Une bulleUne boule
DessusDessous
Une puceUn pouce
Il a rugiIl a rougi
PourPur
Une bruteElle broute
Un bureauUn bourreau
J’ai voulu, des arbres touffus…
J’ai voulu.Des arbres touffus.
Tu as couru.Une douleur musculaire.
Elle a moulu.J’ai de l’humour.
Nous sommes goulus.Une soudure.
Vous mangez goulument.Une moulure.
Du poivre moulu.Une coulure.
Il est bourru.Une mouture.
Du bois vermoulu.Une boursouflure.
Ils sont fourbus.Une doublure.
Une structure, une sculpture, une turbulence…
[y]
Une structureUne sculptureUne turbulence
Un murmureLa cultureUne brûlure
Un roudoudou, un boubou, c’est douloureux…
[u]
Un roudoudouUn boubouC’est douloureux.
Le courrouxUn toutouUne nounou
Un coucouLes amoureux roucoulent.Un nounours
Une tortue court sur un mur…
Virelangues et expressions
Une tortue court sur un mur.
Un hibou doux et roux hurle et hulule comme un fou.
Douze douches douces.
Arthur murmure des mots doux à l’oreille de Marie-Lou.
Pierre qui roule n’amasse pas mousse. (Une personne qui est amoureuse ne peut pas devenir riche.)
Ça coule de source. (C’est la conséquence normale de quelque chose. Ça va de soi.)
Pousser le bouchon un peu loin. (Exagérer dans ses actes ou ses propos.
Aller trop loin.)
Jouer des coudes. (Bousculer et se frayer un chemin dans la foule.)
Se la couler douce. (Vivre sans soucis.)

Attention aux confusions

« Je suis en haut. » Si vous faites la liaison entre « en » et « haut », un Français va comprendre … « Je suis en◡eau » en d’autres termes, « Je suis couvert de sueur », « Je suis en nage » ou encore « Je transpire à grosses gouttes ».

« Voulez-vous abandonner votre plainte ? » Si vous ne faites pas la différence entre le son [ε̃] et le son [ɑ̃], vous allez probablement entendre « plante ».

Ecoutez la différence entre « plainte » et « plante ».

Les voyelles nasales posent parfois de sérieux problèmes aux apprenants. Entendez-vous la différence entre :

« Tante Claire »

Et « teinte claire » ?

ou encore entre :

« Vent frais »

Et « Vin frais » ?

Les bizarreries de la langue française

Hôtelier [otəlje], Batelier [batəlje] , Atelier [atəlje], Râtelier [ratəlje], Chapelier [ʃapəlje], Bachelier [baʃəlje] : La règle du -e [ə] (caduque ou muet) est complexe. Lorsque le -e [ə] est précédé de deux consonnes et suivi d’une consonne, alors il devient sonore (on le prononce). A l’inverse, lorsque le -e [ə] se trouve entre une seule consonne, il devient muet. Exception pour les mots dont le -e [ə] est suivi par i mouillé (ou yod) [j], même s’il est entouré d’une seule consonne, alors exceptionnellement il se prononcera.

En résumé :

2 consonnes + e + 1 consonne = On prononce le -e [ə]
1 consonne + e + 1 consonne = On ne prononce pas le -e [ə]
1 consonne + e + 1 consonne avec [j] = On prononce le -e [ə]

Monsieur (Mon/sieur) se prononce [məsjø] : Dans la première syllabe, le « on » fait exceptionnellement le son [ə], et le « r » à la fin du mot est muet. Étymologiquement parlant, « mon » est l’adjectif possessif et « sieur » une forme contractée de « seigneur ».

Femme se prononce [fam]. Le mot vient du latin Femina qui signifie « femelle ». La prononciation de « femme » avec un « a » [fam] viendrait du mot de l’ancien français « fame » pour désigner quelque chose de bonne réputation ou de renommée. Ainsi on faisait appel à des remèdes de bonne « fame » (remède de bonne femme).

Les mots qui commencent par « abs » se prononcent « aps ».
Exemples : absorber [apsɔrbe] ; absence [apsɑ̃s] ; abstrait [apstrε] …
On remarque la même chose pour les mots en « obs » qui vont se transformer en « ops ». Ex. observation [ɔpsεrvasjɔ̃].

On ajoute parfois des « e » [ə] pour des raisons totalement phonologiques. Ex. Un ours brun => Un ours[ə] brun.

Toujours avec le mot « ours » : lorsque ce mot est suivi d’un mot commençant par une voyelle, il faudra faire une liaison en « s » et non en « z » comme on le fait habituellement en français, car le « s » de « ours » est une consonne sonore.
Ex1. J’ai vu unoursendormi [œ̃nursɑ̃dɔrmi] dans une grotte.

Même chose pour le mot « sens » : étant donné que son « s » final se prononce, on fera une liaison en « s » si le mot qui suit commence par une voyelle.
Ex2. Tourner dans le sensinverse des aiguilles d’une montre. [sɑ̃s◡ɛ̃vɛrs]

Acupuncture (A/cu/punc/tu/re) [akypɔ̃ktyr] : en latin de acus (aiguille) et de punctura (piqûre). La troisième syllabe « punc » se prononce « ponc » [pɔ̃k].

Bœuf, œuf, os : Ces trois mots ont une consonne finale qui s’entend uniquement au singulier. Au pluriel, on ne prononce pas la consonne finale.
Bœuf [bɶf], au pluriel : bœufs [bø]
ɶuf
[ɶf], au pluriel : œufs [ø]
Os [ɔs], au pluriel : os [o]

Second, seconde [səgɔ̃], [səgɔ̃d] : Pourquoi la deuxième syllabe « con »  se prononce-t-telle « gon » ? Tout est question d’étymologie. Le terme vient du latin secundus, qui signifie « qui suit ». Jusqu’au XVIIIe siècle, le mot s’écrivait « segond ». Ensuite, la lettre G a été remplacée par un C, pour rendre la graphie conforme à la racine latine. Mais la prononciation n’a pas suivi l’uniformisation de l’orthographe…

Zinc [zε̃g] : On le prononce « Zing ». Encore un « c » qu’on doit prononcer « g ».

Le « p » à l’intérieur des mots « compte » [kɔ̃t], « prompt » [prɔ̃], « sculpture » [skyltyr] ne se prononce pas.

Qui se ressemble… ne s’assemble pas !

La compréhension [la-kɔ̃-pre-ɑ̃-sjɔ̃] / L’incompréhension
[lε̃-kɔ̃-pre-ɑ̃-sjɔ̃]

Et ton amant [e-tɔ̃-n-amɑ̃] / Étonnamment [e-tɔ-na-mɑ̃]

Un jeune inconnu [œ̃-ʒɶn-n-ε̃kɔny] / Un jeune nain connu [œ̃-ʒɶn-nε̃-kɔny]

La grand-mère [la-grɑ̃-mεr] / La grammaire [la-gram-mεr]

C’est tout vert [sε-tu-vεr] / C’est ouvert [sε-t-uvεr]

J’ai tout fait [ʒe-tu-fε] / J’étouffais [ʒe-tu-fε]

Je nomme [ʒə-nɔm] / Jeune homme [ʒɶn-n-ɔm]

Sept sous-plats [sεt-su-pla] / Cette soupe-là [sεt-sup-la]

Un cœur d’or [œ̃-kɶr-dɔr] / Un quart d’heure [œ̃-kar-dɔr]

Les feuilles mortes

Jacques Prévert parle avec nostalgie et mélancolie d’un amour perdu. Ce poème, écrit en 1945, a été repris en musique par différents artistes : Dalida, Grace Jones, Juliette Gréco, Iggy Pop, Lambert Wilson, Franck Sinitra… « Les Feuilles mortes » est interprétée par Yves Montand en 1949. Qui n’a jamais fredonné cette chanson culte ?

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes [suvjεn],
Des jours◡heureux [z-ɶrø] quand nous◡étions◡amis,
En ce temps-là, la vie était plus belle [bεl],
Et le soleil [sɔlεj] plus brûlant qu’aujourd’hui [k-oʒurdɥi].

Les feuilles [fɶj] mortes se ramassent◡à la pelle [pεl],
Tu vois je n’ai pas◡oublié.
Les feuilles mortes se ramassent◡à la pelle,
Les souvenirs [suv(ə)nir] et les regrets [rəgrε]◡aussi.

Et le vent [vɑ̃] du nord [nɔr] les◡emporte [z-ɑ̃pɔrtə],
Dans la nuit froide de l’oubli.
Tu vois, je n’ai pas◡oublié [zublije],
La chanson [ʃɑ̃sɔ̃] que tu me chantais.

C’est◡une chanson, qui nous ressemble [rəsɑ̃blə],
Toi tu m’aimais et je t’aimais.
Nous vivions tous les deux◡ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement [dus(ə)mɑ̃], sans faire de bruit [brɥi].
Et la mer efface sur le sable,
Les pas des◡amants désunis [dezyni].

Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement [dus(ə)mɑ̃], sans faire de bruit [brɥi].
Et la mer efface sur le sable,
Les pas des◡amants désunis [dezyni].

Version originale : Yves Montand

Version jazz : Iggy Pop