Le son [z] dans les liaisons

Extrait de « DES HEURES ENTIÈRES AVANT L’EXIL » (2004) – Frédéric Sonntag

Merci, merci beaucoup, merci, je … je suis très touchée, pffouh !

Merci, merci beaucoup, merci, je… je suis très touchée, pffouh ! c’est… je ne sais pas quoi dire, je n’ai rien préparé, je ne m’y attendais pas du tout… je suis trèsémue, excusez-moi, c’est… c’est trèsimpressionnant de se retrouver ici, d’être là devant vous, c’est beaucoup plusimpressionnant que ce que j’imaginais, c’est… excusez-moi, je, je suis vraiment trèsémue, c’est… pffouh ! ça fait beaucoup d’un seul coup… je ne sais plus ce que je dois dire, je… donc, je, pffouh !… voilà, je reprends mesesprits, je… je voulais tout d’abord vous remercier, vous tous, pour ce très grand bonheur et ce très grandhonneur que vous me faites, je suis vraiment très touchée, vraiment… je tenais également à remercier tous ceux avec lesquels je souhaite partager cette distinction, c’est-à-dire toute l’équipe du film, tous mes partenaires de jeu maisaussi toute l’équipe technique, vraiment merci à vous tous de votre soutien, de votre gentillesse et de votreamour, merci pour tout, merci, je vousaime tous, vraiment, je vousadore… Je voudrais aussi remercier, heu… je voudrais remercier ma bonneétoile et monange gardien — je me suis si souvent demandé ce qu’ils foutaient ces deux-là, que je voudrais me faire pardonner auprès d’eux, pardon les gars, désolée d’avoir douté de vous. Je voudrais également remercier, heu… je ne sais pas, heu… j’ai envie de, de remercier tout le monde, de, de remercier la terreentière, de… j’ai envie de remercier, de remercier le monde, l’amour… et Dieu… et… et le cinéma, de, de remercier la vie, parce que, je crois, le cinéma, c’est la vie et la vie, c’est… c’est le cinéma… voilà, je, je voudrais remercier la vie, et, heu… et le rêveaussi, parce que, je crois, sans le rêve, on n’est rien, je veux dire, sans le rêve, y a pas de vie, heu… Et, pour finir, je voudrais remercier ceux-là — mesamis, mes parents, mes frères — sans lesquels je ne serais pas là ; je voudrais remercier en particulier monamoureux, sans lequel rien ne serait possible, sans lequel rien ne serait probable.

Longtemps cette◡habitude (c’était un pli — était-il mauvais était-il bon —, c’était un pli que j’avais pris), longtemps cette◡habitude prise d’imaginer, lors de certains trajets — certaines◡errances, flâneries, échappées dans la ville —, cette◡habitude prise d’imaginer le discours que je ferais si je recevais le prix de la meilleure◡actrice lors d’une cérémonie de récompenses des métiers du cinéma, d’imaginer ma réaction si l’on me remettait l’oscar de la meilleure◡actrice par◡exemple, le discours de remerciement que je ferais. Une◡habitude prise, allez savoir pourquoi, un réflexe idiot impossible à réprimer. Chaque fois qu’il m’arrivait, marchant dans la rue, de penser à ce genre de cérémonie, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer un nouveau discours de remerciement, en fonction de mon◡humeur du moment. Il fallait me voir, alors, m’emporter sur les◡avenues, sur les boulevards, en plein cœur de la métropole, me laisser emporter par mon flot de parole (intarissable source), il fallait me voir faire◡abstraction de l’espace et du temps — abstraction bientôt qui gagnait mon corps —, faire le jeu de mon discours et me laisser dépasser par l’ivresse et le trac ; et le décor autour déjà s’évanouissait (toujours je m’emportais, toujours j’en◡oubliais la rue, ces feux multicolores, ces panneaux d’interdictions notoires, ces signalisations tristes, ces fantômes et ces créatures ; j’en◡oubliais jusqu’aux raisons mêmes de mon déplacement, jusqu’à ma destination, j’en◡oubliais jusqu’à mon destin — qui n’était en rien celui d’une star de cinéma, et qui en prenait de moins◡en moins la direction, j’oubliais tout ; au plein cœur de la métropole, j’étais ailleurs), j’étais seule devant un parterre de stars hollywoodiennes et je remerciais le monde de m’avoir fait◡ainsi, de m’avoir◡élevée jusqu’à ce rang d’étoile ; moi, je faisais mon discours et plus rien ne comptait ; je remerciais le monde, il fallait bien, une récompense pareille, cet◡honneur qu’on me faisait, la reine que je devenais, on me célébrait ! Il fallait me voir. Je pleurais presque. Parfois je pleurais. De joie et de douleur et de joie. Je pleurais sur le trottoir argenté d’une métropole du monde occidental. Et dans◡un dernier sanglot, dans◡un dernier soupir, je remerciais Dieu, mes◡amours, et le monde ; je remerciais la métropole infinie, et je prenais la fuite◡en courant.

« Veuillez » et « Veillez »

Comme leur graphie est presque la même, le risque est grand de les confondre. Un petit point pour éclairer votre lanterne !

Entendez-vous la différence ?

Veuillez [vɶje] / Veillez [veje]

« Veuillez »  [vɶje] est la forme de l’impératif du verbe « vouloir » [vulwar] à la deuxième personne du pluriel (vous). Il est toujours suivi d’un verbe à l’infinitif. On le trouve dans beaucoup de formules de politesse et on l’emploie pour demander poliment quelque chose ou donner un ordre.

Veuillez…

– Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de mes sentiments distingués.

– Veuillez patienter quelques◡instants…

– Veuillez excuser mon retard. (Je vous prie de bien vouloir excuser mon retard.)

– Veuillez vous◡asseoir en salle d’attente…

– Veuillez sortir d’ici immédiatement !

– Veuillez éteindre votre cigarette.

« Veillez » [veje] est la forme de l’impératif du verbe « veiller » [veje]. On l’utilise pour exprimer qu’on reste près d’une personne pour s’en occuper. Suivi de la préposition à, « veillez à » devient synonyme de
« faire attention à ». Lorsqu’il est suivi de « sur », « veillez sur » signifie
« prendre soin de, s’occuper de ».

Veillez…

– Veillez votre◡épouse qui est très malade.

– Veillez à ce que tout soit rangé à mon◡arrivée.

– Veillez à ce que tout se déroule parfaitement bien pendant la cérémonie.

– Veillez à ce que votre bébé ne tombe pas de son lit.

– Veillez sur votre◡enfant. (= surveiller votre enfant)

Veiller signifie aussi « rester éveillé la nuit ».

la combinaison « -e+nt » placée en fin de mot

Vraiment, seulement, heureusement…

Beaucoup d’adverbes se terminent en -ent, cette combinaison fait alors le son [ɑ̃] :

Vraiment  [vrεmɑ̃]
Seulement
[sɶlmɑ̃]
Heureusement [ɶrøzmɑ̃]
Régulièrement [regyljεrmɑ̃]
Notamment [nɔtamɑ̃]

Les verbes « mentir » et « sentir » conjugués à la troisième personne du singulier se terminent en -ent et font le son [ɑ̃] :

Il ment. [mɑ̃]
Elle sent. [sɑ̃]

Les verbes à la troisième personne du pluriel se terminent en -ent.
Cette terminaison est muette, on ne doit pas la prononcer.

Ils terminent leur travail. [tεrmin]
Les enfants jouent.
[ʒu]
Elles lisent le journal. [liz]
Les amis viennent nous rendre visite. [vjεn]

Certains adjectifs se terminent aussi en -ent et font le son [ɑ̃] :

Content [kɔ̃tɑ̃]
Evident [evidɑ̃] 
Clément [klemɑ̃]
Equivalent [ekivalɑ̃] 

Quelques substantifs de la langue française ont une combinaison en -ent en fin de mot pour faire le son [ɑ̃] :

Une dent [dɑ̃]
Un accident [aksidɑ̃]
Un monument [mɔnymɑ̃]
Un président [prezidɑ̃]

Enchaînements et liaisons (Partie 3)

L’enchaînement est un phénomène qui consiste à resyllaber le son consonantique final d’un mot avec le son vocalique initial du mot qui le suit. (Source Wikipédia)

Exemple :

  • Énoncé : « Il appelle un taxi. »
  • Chaîne de phonèmes : /ilapɛlœ̃taksi/
  • Transcription phonétique sans enchaînement (les points indiquent les frontières syllabiques) : [il.a.pɛl.œ̃.tak.si]
  • Transcription phonétique avec enchaînement : [i.la.pɛ.lœ̃.tak.si]

L’énoncé ci-dessus comporte deux enchaînements :

  • entre les sons [l] et [a] avec apparition d’une syllabe [la] ;
  • entre les sons [l] et [œ̃] avec apparition d’une syllabe [lœ̃].
Le bouche à bouche est un geste …

Entraînez-vous ! Voici quelques phrases avec liaison ou/et enchaînement. C’est◡à vous de jouer ! 

[lə.bu.ʃa.buʃ#e.tœ̃.ʒεst.ki.ne.pa.sε̃.pla.re.a.li.ze]
Le bouche-à-bouche est◡un geste qui n’est pas simple◡à réaliser.

[sə.tu.ʒɶ.nɔm#e.de.ʒa.œ̃.ve.ri.tabl.bu.tɑ̃.trε̃]
Ce tout jeune◡homme est déjà un véritable boute-en-train.

[i.lja.ply.zjɶr.pwε̃.dvy.e.tus.sɔ̃.tε̃.te.re.sɑ̃]
Il◡y a plusieurs points de vue, et tous sont◡intéressants !

[ʒə.pɑ̃s.kɔ̃.na.tu.tε̃.te.rε.a.ja.le.tu.sɑ̃.sɑ̃.bl]
Je pense qu’on◡a tout◡intérêt à y◡aller tous◡ensemble.

[se.tyn.mε.zɔ̃.a.vε.kœ̃.ʒar.dε̃.tu.tɑ̃.lɔ̃.gɶr]
C’est◡une maison avec◡un jardin tout◡en longueur.

[i.la.a.nɔ̃.se.la.nu.vεl.də.by.tɑ̃.blɑ̃.ɑ̃.fik.sɑ̃.syr.nu.œ̃.rə.gar.lur.də.su.zɑ̃.tɑ̃.dy]
Il◡a annoncé la nouvelle de but◡en blanc en fixant sur nous un regard lourd de sous-entendus.

[pɑ̃.dɑ̃.vε̃t.ka.trɶr.la.vil.tu.tɑ̃.tjεr#a.e.te.plɔ̃.ʒe.dɑ̃l.nwar]
Pendant vingt-quatre◡heures, la ville tout◡entière a été plongée dans le noir.

[sε.ta.vɔ.ka.i.le.tu.so.fœ̃.ʒe.ni]
Cet◡avocat, il◡est tout sauf◡un génie.

[sε.vjεj.pεr.sɔn#sɔ̃.tɑ̃ .su.za.li.mɑ̃.ta.sjɔ̃]
Ces vieilles personnes sont◡en sous-alimentation.

[ε.la.aʃ.te.yn.rɔb.tu.tɑ̃.dɑ̃.tεl]
Elle◡a acheté une robe tout◡en dentelle.

[vjε̃#ɔ̃.mɑ̃ʒ.ra.tu.tɑ̃.mar.ʃɑ̃]
Viens, on mangera tout◡en marchant.

[kɑ̃.to.p(ə)ti.nu.le.zɑ̃.mεn.rɔ̃.o.zo(o)]
Quant◡aux petits,nous les◡emmènerons au zoo.

[rɛ.ve.ty.pø.lfɛ.ra.tu.taʒ.a.tu.tœr.dy.ʒu.re.dla.nɥi]
Rêver, tu peux le faire◡à tout◡âge, à toute◡heure du jouret de la nuit.

[sε.dø.la.se.lə.ju.re.la.nɥi]
Ces deux-là, c’est le jour◡et la nuit.

[lə.bu.ʃa.o.rεj.fɔ̃k.sjɔn.bjε̃.dɑ̃.tu.le.miljø.prɔ.fε.sjɔ.nεl]
Le bouche◡à oreille fonctionne bien dans tous les milieux professionnels.

[a.vɑ̃.tjεr.syr.le.ʃɑ̃.ze.li.ze.ʒe.vu.sε.tɔm.də.me.prɔ.prə.zjø]
Avant-hier, sur les Champs-Elysées, j’ai vu cet◡homme de mes propres◡yeux.

[kɔ.mɑ̃.ta.le.vu.də.mjø.zɑ̃.mjø.ʒεs.pεr]
Comment◡allez-vous ? De mieux◡en mieux, j’espère ?

[ma.lɶ.røz.mɑ̃.də.mwε̃.zɑ̃.mwε̃.bjε̃.ʒə.sɥi.də.ply.zɑ̃.ply.zε̃kjε]
Malheureusement, de moins◡en moins bien. Je suis de plus◡en plus◡inquiet !

[pti.tap.ti,lwazo.fε.sɔ̃.ni]
Petit◡à◡petit, l’oiseau fait son nid.

[tu.ta.ku.il.sə.rəgard.sɑ̃.zœ̃.mo.də.’o.tɑ̃.ba.pɥi.le.zjø.dɑ̃.le.zjø]
Tout◡à coup, ils se regardent sans◡un mot, de haut◡en bas, puis les◡yeux dans les◡yeux.

[ʃyt.pa.zœ̃.mo.a.kik.sə.swa]
Chut ! Pas◡un mot à qui que ce soit !

Voir également

Enchaînements et liaisons (partie 1)

Enchaînements et liaisons (partie 2)



Réviser son alphabet international

VOYELLES ORALES



[a]
Anne [an], pas [pa], mal [mal], papa [papa], cas [ka], classe [klas], masse [mas], plat [pla]

[ə]
je [ʒə], te [tə], le [lə], me [mə], que [kə], se [sə], de [də], ne [nə], demande [dəmɑ̃d], devenir [dəv(ə)nir]

[ø]
peu [pø] deux [dø], heureux [ɶrø], peureux [pɶrø], creux [krø], jeu [ʒø], vieux [vjø], adieu [adjø], vœu [vø], yeux [jø]

[œ]
peur [pœr], sœur [sœr], œuf [œf], veuf [vœf], œil [œj], bœuf [bœf], jeune [ʒœn]

[e]
thé [te], café [kafe], pré [pre], nez [ne], et [e], aller [ale], demander [dəmɑ̃de], été [ete], aimer [eme] + verbes au futur à la première personne du singulier en -ai (je dirai [dire], je mangerai [mɑ̃ʒre])

[ɛ]
père [pɛr], paire [pɛr], mère [mɛr], mer [mɛr], maire [mɛr], bière [bjɛr], concert [kɔ̃sεr], verre [vεr], vert [vεr], vers [vεr] + verbes à l’imparfait ou au conditionnel en -ais ou -ait (elle savait [savε], je voudrais [vudrε], il aimerait [ɛmrɛ]…)

[i]
lit [li], livre [livr], pie [pi], pire [pir], mie [mi], cil [sil], mille [mil], cri [kri], ville [vil]

[o]
Tous les mots se terminant par -o, -au et -eau : zéro [zero], météo [meteo], gros [gro], moto [mɔto], l’eau [lo], haut [‘o], au [o], manteau [mɑ̃to], seau [so], sot [so], taux [to] + rose [roz], pause [poz]

[ɔ]
sort [sɔr], crocodile [krɔkɔdil], oreille [ɔrεj], sonnerie [sɔnri], honneur [ɔnɶr], mordre [mɔrdr]

[y]
lu [ly], vu [vy], mule [myl], mur/mûre [myr], sur/sûr [syr], cru [kry], plus [ply], russe [rys], pull [pyl]

[u]
pou [pu], hibou [‘ibu], moule [mul], rousse [rus], poule [pul], mousse [mus]

Voyelles nasales



[ɑ̃]
blanc [blɑ̃], encore [ɑ̃kɔr], enfant [ɑ̃fɑ̃], éléphant [elefɑ̃], paon [pɑ̃], maman [mamɑ̃], manteau [mɑ̃to], emmener [ɑ̃mne]

[ɛ̃]
faim [fɛ̃], pain [pɛ̃], main [mɛ̃], nain [nɛ̃], matin [matɛ̃], indien [ɛ̃djɛ̃], mexicain [mεksikε̃], européen [ørɔpeε̃], important [ε̃pɔrtɑ̃], syndicat [sε̃dika], agenda [aʒε̃da], examen [εgzamε̃], thym [tε̃], teint [tε̃]

[œ̃]
un [œ̃], aucun [okœ̃], parfum [parfœ̃], lundi [lœ̃di]

[ɔ̃]
bon [bɔ̃], mont [mɔ̃], dindon [dε̃dɔ̃], rond [rɔ̃], long [lɔ̃] thon [tɔ̃]

SEMI-CONSONNES (GLISSANTES)



[j]
crier [krije], bille [bij], rayon [rεjɔ̃], papillon [papijɔ̃], vieux / vieille [vjø / vjεj], accueil [akɶj], accueillir [akɶjir]

[w]
ouate [wat], Louis [lwi], loin [lwɛ̃]

[ɥ]
huile [ɥil], lui [lɥi], pluie [plɥi], nuit [nɥi], cuisse [kɥis]


CONSONNES ORALES



[b]
bois [bwa], bête [bɛt], bébé [bebe]

[d]
dos [do], dire [dir] dame [dam]

[f]
phare [far], flamme [flam], femme [fam]

[ʒ]
Gérard [ʒerar], jour [ʒur], gelée [ʒəle], jasmin [ʒasmɛ̃]

[g]
galop [galo], guérir [gerir], gâteau [gato]

[k]
calme [kalm], clémentine [klemɑ̃tin], cri [kri]

[l]
lu [ly], loup [lu], Loire [lwar], Lili [lili]

[p]
pile [pil], poil [pwal], poule [pul]

[r]
rire [rir], rare [rar], erreur [εrɶr]

[s]
sardine [sardin], Sophie [sofi], seul [sɶl], sœur [sɶr]

[t]
tard [tar], tête [tɛt], timide [timid]

[v]
ville [vil], vallée [vale], vouloir [vulwar]

[z]
gaz [gaz], zut [zyt], zip [zip]

[ʃ]
cheveu [ʃ(ə)vø], chevaux [ʃ(ə)vo], chocolat [ʃokola]


CONSONNES NASALES


[m]
malade [malade], miroir [mirwar], mouche [muʃ]

[n]
ananas [anana(s)], nourrir [nurir], numéro [nymero]

[ɲ]
champagne [ʃɑ̃paɲ], agneau [aɲo], gagner [gaɲe]

[ŋ]
swing [swiŋ], parking [parkiŋ], smoking [smɔkiŋ]

Enchaînements et liaisons (Partie 2)

  1. Les consonnes finales peuvent passer dans la syllabe qui suit. On parle alors d’enchaînement ou de liaison.

Ce soir, vous◡irez boire◡un verre◡ensemble. [sə-swar-vu-zi-re-bwa-rœ̃-vε-rɑ̃-sɑ̃bl]

L’enchaînement est le passage, dans la première syllabe du mot suivant, d’une consonne finale toujours prononcée.

Avec (on prononce le -c) Avecelle / Aveceux

Pour (on prononce le -r) Pourelle / Poureux

La liaison est le passage, dans la première syllabe du mot suivant, d’une consonne muette, donc jamais prononcée.

Sans (on ne prononce pas le -s) Sanselle / Sanseux
Moins (on ne prononce pas le -s) De moinsen moins
Chez (on ne prononce pas le -z) Chez
elle / Chezeux
Mais (on ne prononce pas le -s) Maisil se mità rire.

Une même phrase peut être prononcée avec ou sans liaison (dans un français plus familier). Elle peuty aller à pied/ Elle peut y aller à pied.
Mes parents sont
arrivés hier. / Mes parents sont arrivés hier.

Les consonnes de liaison les plus fréquentes

La liaison en -z concerne les lettres s, x et z : Vous◡avez de la chance. J’ai dix◡ans. Retournez-y dès que possible.
L’enchainement se fera en -s avec les consonnes s, x : C’est une grosse◡araignée. Nous sommes six◡à table.

La liaison en -t concerne les lettres t et d : Petità petit. Il est huitheures. C’est un grandespace. Un pied-à-terre.
L’enchainement se fera en -d avec la consonne d : Une grandeamitié.

Les liaisons sont obligatoires, interdites ou facultatives.

Les liaisons sont obligatoires dans les cas suivants :

Pronom sujet + verbe (Nous◡irons, vous◡êtes, elle◡arrive…)
Verbe + pronom sujet (Entend-on ? Sait-elle ? Connaît-il ?)
Complément + verbe (On◡en◡a assez…)
Complément + pronom (Je vous◡en prie, tu nous◡en offriras, je vous◡y conduis…)
Déterminant + nom (Sonanimal, uneffort, nosenvies, quelquesidées, toninstinct…)
Adjectif + nom (De gros◡ennuis, un grand◡arbre, un petit◡enfant…)
Adverbe monosyllabique + adjectif (Très◡utile, plus◡avancé, moins◡élancé, mieux◡informé, bien◡arrivé, trop◡évasif…)
Préposition monosyllabique + groupe nominal (Dansune seconde, chezun voisin, sousun dossier, avecuneamie…)
Quand + pronom sujet (Quandonaime, quandil chante, quandelle danse…)
Dont + pronom sujet ( ce donton parle, dont il faut…)

Les liaisons sont interdites dans les cas suivants :


Après « Et » (Et#ils répètent en chœur)
Mot interrogatif + verbe (Quand#arrive-t-elle ? Comment#as-tu fait ? Combien#en as-tu ?)
Exceptions : Comment◡allez-vous, quand est-ce que …)
Devant un -h aspiré (Les#héros, un#hibou, en#haut, le#Honduras, un#Hongrois…)
Déterminant + huit, onze (Les#huit assiettes, les#onze joueurs…)
Nom au singulier + adjectif (unanimal#agressif, une maison#accueillante…)
Exception : un◡accent◡aigu
Prénom ou groupe nominal sujet + verbe (Louis#a ri, le train#arrive, ma grande sœur#estarrivée…)
Pronom non monosyllabique + verbe (Certains#ont cru, plusieurs#aiment, quelqu’un#a…)
Verbe et sujet inversé + groupe verbal (Peut-on#interdire, sais-tu#écrire, vont-elles#accepter…)

Les liaisons autorisées, facultatives

Nom au pluriel + adjectif (Les livres illustrés, certains regards amusés, des yeux écartés, des figures étonnées…)
Verbe + verbe (Elleest arrivée, ilest entré, ilétait une fois, nousallions oublier…)
Verbe + complément / adverbe (il◡est encore en retard, elle sourit aux clients, elles dorment encore…)
Après Mais (Mais il continue, mais on préfère…)
Après un adverbe non monosyllabique (assez abordable, extrêmement important, entièrement aménageable…)
Après une préposition non monosyllabique (depuis un siècle, avant un orage, depuis un an, devant elle, durant une année, pendant uneheure…)
Après pas/plus/rien (Rien à faire, pas assez, plus ou moins…)

Écoutez la différence entre enchaînement et la liaison

Les enfants dorment encore / Les enfants dormentencore
Ils rêvent ensemble / Ils rêventensemble

Voir également :

Enchaînements et liaisons (Partie 1)
Enchaînements et liaisons (Partie 3)

Alternance phonétique [ə] et [ε]

L’alternance phonétique [ə] et [ε] se remarque dans la conjugaison de certains verbes français.

Conjugaison des verbes
Acheter [aʃte]
J’achète [ʒaʃεt]
Tu achètes [ty.aʃεt]
Il/elle◡achète [il/εlaʃεt]
Nous◡achetons [nu.zaʃtɔ̃]
Vous◡achetez [vu.zaʃte]
Ils/elles◡achètent [il/εl.zaʃεt]
Appeler [aple]
J’appelle [ʒapεl]
Tu appelles [ty.apεl]
Il/elle◡appelle [il/εlapεl]
Nous◡appelons [nu.zaplɔ̃]
Vous◡appelez [vu.zaple]
Ils/elles◡appellent [il/εl.zapεl]
Epeler [eple] son nom.
J’épelle [ʒepεl] mon nom.
Tu épelles [ty.epεl] ton nom.
Il/elle◡épelle [il/εlepεl] son nom.
Nous◡épelons [nu.zeplɔ̃] notre nom.
Vous◡épelez [vu.zeple] votre nom
Ils/elles◡épellent [il/εl.zepεl] leur nom.
Jeter [ʒəte]
Je jette [ʒeʒεt]
Tu jettes [ty.ʒεt]
Il/elle jette [il/εlʒεt]
Nous jetons [nu.ʒ(ə)tɔ̃]
Vous jetez [vu.ʒ(ə)te]
Ils/elles jettent [il/εl.ʒεt]

Enchaînements et liaisons (Partie 1)

Enchaînements et liaisons avec un groupe de consonnes -r + consonne :

Nord-Est, Nord-Ouest…

-RD
– Nord-Est [nɔ.rεst] / Nord-Ouest [nɔ.rwεst]
– Nord-Africain [nɔ.ra.fri.kε̃]
– Nord-Américain [nɔ.ra.me.ri.kε̃]
– Un lourd◡animal [œ̃.lu.ra.ni.mal]
– Sourd◡et muet [su.re.mɥε]

Mais on dira :
– Une lourde◡amende [yn.lur.da.mɑ̃d]
– Sourde◡et muette [sur.de.mɥεt]

Vers elle, cours avec lui…


-RS
– Vers◡elle [vε.rεl]
– Cours◡avec lui. [ku.ra.vεk.lɥi]
– Pars◡avec◡elle. [pa.ra.vε.kεl]
– A travers◡une fenêtre [a.tra.vε.ryn.fə.nεtr]
Toujoursest-il que… [tu.ʒu.rε.til.kə]
– Il◡est toujours◡à se plaindre. [il.ε.tu.ʒu.ra.sə.plε̃dr]
– Je suis toujours◡en retard. [ʒə.sɥi.tu.ʒu.rɑ̃.rə.tar]
– Nous trouverons toujours◡un moyen. [nu.truv.rɔ̃.tu.ʒu.rœ̃.mwa.jε̃]
– Il fait toujours◡aussi froid ! [il.fε.tu.ʒu.ro.si.frwa]
– Je peux toujours◡en◡avoir besoin. [ʒə.pø.tu.ʒu.rɑ̃.na.vwar.bə.zwε̃]
– Tu peux toujours◡essayer. [ty.pø.tu.ʒu.re.se.je]
– Ils n’ont pas◡été toujours◡aussi gentils. [il.nɔ̃.pa.ze.te.tu.ʒu.ro.si.ʒɑ̃.ti]
Enverset contre tous ! [ɑ̃.vε.re.kɔ̃.trə.tus]
– Envers◡eux / elles [ɑ̃.vε.rø/εl]
– Cinq◡heures◡et demie [sε̃.kœ.re.dmi]

Mais on dira :
– Le TiersEtat [tjεr.ze.ta]

Vert amande, vert anis…

-RT
– Vert◡amande [vε.ra.mɑ̃d] / Vert◡anis [vε.ra.ni]
À partentière [a.pa.rɑ̃.tjεr]
– Prendre part◡à quelque chose [prɑ̃.drə.pa.ra.kεl.kə.ʃoz]   
De parten part [də.pa.rɑ̃.par]
– Un court◡instant [œ̃.ku.rε̃s.tɑ̃]
– Ouvert◡ou fermé ? [u.vε.ru.fεr.me]
– On part◡avec◡eux. [ɔ̃.pa.ra.vε.kø]
– Mort◡en direct [mɔ.rɑ̃.di.rεkt]
– Elle sort◡avec ses◡amis. [εl.sɔ.ra.vεk.se.za.mi]
– Donner tort◡à quelqu’un. [dɔ.ne.tɔ.ra.kεl.kœ̃]
À tortou à raison [a.tɔ.ru.a.rε.zɔ̃]
À tortet à travers [a.tɔ.re.a.tra.vεr]

Mais on dira :
– Une courte◡expérience [yn.kur.tεks.pe.rjɑ̃s]
– Une courte◡attente [yn.kur.ta.tɑ̃t]
– Sort-elle souvent ? [sɔr.tεl.suvɑ̃]
– Part-il tôt le matin ? [par.til.to.lə.ma.tε̃]
– Court-on vite◡ou lentement ? [kur.tɔ̃.vi.tu.lɑ̃t.mɑ̃]
– Un arc-en-ciel [œ̃.nar.kɑ̃.sjεl]
– Un porc-épic [œ̃.pɔr.ke.pik] (pluriel porcs-épics)
De partet d’autre [də.par.te.dotr]   

Voir également :

Enchaînements et liaisons (Partie 2)

Enchaînements et liaisons (Partie 3)

Le ə muet ou schwa

Boulangerie, médecin, événement…

Le -e [ə] peut disparaître à la condition qu’il ne crée pas un groupe de consonnes complexe difficilement prononçable.

Si nous prenons comme exemple le verbe revenir, on se rend compte que la disparition du -e [ə] situé entre le -v et le -n facilite la pronon-ciation du mot : [rəvnir].

Cette règle est valable pour tous les mots de la langue française. On peut donc avancer l’idée qu’un -e [ə] situé entre 1 consonne et 1 autre consonne : C[ə]C disparait à l’oral.

Boulangerie [bulɑ̃ʒri] ; médecin [medsε̃] ; événement [evεnmɑ̃] ; seulement [sɶlmɑ̃]

Pour les autres cas de figure, la disparition du -e [ə] peut s’avérer impossible à moins de créer un groupe consonantique imprononçable. En règle générale, le -e [ə] ne disparaît pas lorsqu’il est précédé de 2 consonnes et suivi de 1 consonne : CC[ə]C ne peut pas disparaître à l’oral.

Appartement [apartəmɑ̃] ; gouvernement [guvεrnəmɑ̃] ; brusquement [bryskəmɑ̃] ; partenaire [partənεr]

On note également que le [ə] ne peut pas disparaître dans le pronom « le » lorsque sa position est à la fin d’un groupe (par exemple à l’impératif) ou qu’il précède un mot commençant par un -h aspiré.

Ex. Le hibou. Pose-le ici.

D’autre part, on évite de créer des confusions dans quelques cas : Dehors qui deviendrait Dors ou D’or. Pelage qui deviendrait Plage.

Veillez à respecter cette règle quand le -e [ə] à la fin d’un mot est précédé de 2 consonnes et suivi de 1 consonne. Ex. Le risque zéro n’existe pas. [lə.risk[ə]zero.nεgzist[ə].pa]
En voici d’autres exemples :

Le merle moqueur CC[ə]C
Un meurtre sordide CC[ə]C
Un arbre feuillu. CC[ə]C
Un large progrès CC[ə]C
La verte prairie CC[ə]C
Vivre dans la joie CC[ə]C
Un ocre rouge CC[ə]C
L’aigle des montagnes CC[ə]C
Un coffre-fort CC[ə]C
Quatre points CC[ə]C
Un cadre supérieur CC[ə]C
Un orque blanc et noir CC[ə]C
Quelque chose CC[ə]C
Une marche blanche CC[ə]C
Un charme fou CC[ə]C
Le cercle des poètes disparus CC[ə]C
Un texte poétique CC[ə]C
Les Alpes de Haute-Provence CC[ə]C
Le Golfe du Morbihan CC[ə]C
Un axe majeur CC[ə]C
Au rythme du djembé CC[ə]C
Le Ministre de la Santé CC[ə]C
L’ordre des choses CC[ə]C
Les muscles du dos CC[ə]C


Pour éviter que trois consonnes se suivent et ne créent un groupe inprononçable, on crée un -e [ə] à l’oral :

Un ours brun [œ̃nurs[ə]brœ̃]
Des mœurs spéciales [demɶrs[ə]spesjal] (si l’on prononce le « s » de mœurs, les deux étant possibles.)

Il me manque des exemples pour ce dernier type de cas, merci de m'aider à enrichir ce billet si vous en trouvez d'autres... :)